BLOG-NOTES
Cette sous-rubrique de mon blog regroupe mes notes personnelles portant sur la didactique des langues-cultures trop courtes et/ou portant sur des thèmes trop particuliers pour être publiées dans "Mes travaux". Il peut s'agir de réactions à l'actualité, d'annonces de publication, de mises au point ponctuelles, d'extraits d'interventions, d'idées à creuser, de projets de recherche et autres remarques de tous ordres.
Si des commentaires sont annoncés en bas d'un message, cliquez sur le titre de ce message pour les faire apparaître.
jeu.
16
mai
2013
La formation des enseignants à/dans une perspective actionnelle
La perspective actionnelle a été élaborée ces dix dernières années pour l'enseignement-apprentissage des langues-cultures. Il est devenu nécessaire d'en définir les implications dans la formation des enseignants.
Il me semble que l'on doit distinguer la formation des enseignants
- à la perspective actionnelle : on leur en présente ou fait rechercher les origines, les principes, les formes de mise en oeuvre dans les manuels de langue et les séquences de classe; on leur fait créer des outils et des séquences correspondants, etc.);
- et dans une perspective actionnelle : dans ce dernier cas, les principes de la perspective actionnelle sont appliqués à la conception de la formation elle-même des enseignants.
Concevoir la formation des enseignants dans une perpective actionnelle doit se faire au moins à deux niveaux:
1) Le niveau des modes de formation des enseignants
Le moyen le plus efficace de former les enseignants est sûrement qu'ils se mettent eux-mêmes "dans une perspective actionnelle" vis-à-vis de leur formation, c'est-à-dire qu'ils la conçoivent avec
les formateurs comme un projet global à la fois personnel et collectif et qu'ils la réalisent en partie - sinon pour l'essentiel - sous forme de projets concrets négociés avec les formateurs.
2) Le niveau des contenus de formation des enseignants
Je viens de relire, à l'occasion de la préparation d'une prochaine conférence, le Dossier d’actualité Veille et Analyses, n°79, novembre de l'IFE intitulé "Pédagogie + Numérique = Apprentissages
2.0", réalisé par Rémi THIBERT et publié en ligne en 2012. Il y rendait
compte en ces termes de l'initiative de l'European Schoolnet avec "la classe du futur".
Le Future Classroom Lab, mis au point dans le cadre du projet iTEC (Designing the future classroom), part du postulat que ce n’est pas tant le numérique qui conditionne l’espace que l’utilisation pédagogique qui en est fait. La classe telle
qu’ils l’imaginent (au jour d’aujourd’hui, avec les outils d’aujourd’hui) comporte six zones d’apprentissages, correspondant à six situations d’apprentissage :
- Une zone de recherche et d’accès aux ressources (textes, images, vidéos, son, etc.) ;
- Une zone de création pour la réalisation de projets ;
- Une zone de présentation avec interactivité, audience, etc. ;
- Une zone d’échange et de collaboration ;- Une zone d’interactions entre l’enseignant et les élèves ;
- Une zone de développement plus personnel (apprentissage informel, recherches individuelles, etc.). (p. 11/22)
Il se trouve que ces situations d'apprentissage sont définies "dans une perspective actionnelle" (i.e. en fonction de ce qu'y font les apprenants), et elles correspondent aussi
par conséquent à une typologie très concrète des activités fondamentales d'apprentissage... et de formation (on peut proposer les mêmes types de "zones" différentes aux étudiants en formation ).
Il faudrait sans doute compléter les contenus, comme nous y invite d'ailleurs les différents "etc." à la fin de plusieurs items. Je ne vois pas, par exemple, pourquoi le "développement plus personnel" ne se ferait pas aussi en partie pour l'apprentissage de la langue dans des apprentissages formels, par exemple au moyen d'exercices portant sur la grammaire et le lexique, ou encore par un entraînement individuel à des stratégies de compréhension. Mais ces différents types d'activités me semblent a priori permettre d'imaginer autant de "modules actionnels" de formation d'enseignants, qui auraient l'avantage de jouer pleinement l'homologie entre les modes de formation et les modes d'enseignement auxquels on se propose de former.
Christian Puren
mer.
08
mai
2013
Des méthodes d'apprentissage basées sur les neurosciences ?
Le dernier dossier de Thot Cursus porte le thème "Neurosciences et apprentissages". L'un des articles s'intitule "Comment le cerveau assimile une nouvelle langue", et, dans un chapitre intitulé "Des méthodes d'apprentissage basées sur les neurosciences", on peut y lire ceci :
Le Middlebury College, connu pour la qualité de ses programmes linguistiques, a vite compris qu'il fallait se servir de ce que les neurosciences nous apprennent sur l'apprentissage d'une
langue et donc, immerger les élèves dans la langue cible. Les jeunes qui prennent des cours de langues l'été dans cet établissement doivent donc obligatoirement parler la langue d'apprentissage
lors de leurs différentes activités. Pour le vice-président de l'établissement, il y a 4 éléments nécessaires pour bien maîtriser une langue :
- L'utiliser.
- L'utiliser avec un but, ajouter un projet en parallèle qui justifie l'apprentissage (exemples : créer une démonstration de cuisine, monter une pièce de théâtre, etc.).
- Avoir accès à du matériel authentique. Il faut des extraits audio et vidéo provenant de réels échanges et situations qui emploient le langage (verbal et non verbal).
- L'utiliser en interaction avec les autres.
Il me semble que l'on peut, en tant que didacticien (ou enseignant) avoir deux réactions différentes à la lecture de ce passage :
1) se dire que l'on n'a pas attendu les neurosciences pour savoir que ces éléments sont nécessaires à l'apprentissage, et pour les mettre en oeuvre ;
2) ou constater que comme par hasard, ce que l'on fait valider ainsi aux neurosciences, ce sont les orientations actuelles de la didactique des langues-cultures, puisqu'on y retrouve les
principes de la perspective actionnelle et de l'approche communicative.
Comme quoi il est faux de penser que l'on fait dire aux neurosciences n'importe quoi : au contraire, on leur fait dire très exactement ce qu'on a envie d'entendre de leur part.
C'est une très vieille stratégie, dans l'histoire de la didactique des langues, que de faire appel ainsi aux sciences, quelles qu'elles soient, pour valider a posteriori des idées qui en réalité proviennent d'une adaptation empirique des enseignants et didacticiens aux besoins, demandes et attentes sociales.
Le jour où les neurosciences prendront les uns et les autres à contre-pied, c'est seulement à ce moment-là qu'il sera intéressant d'écouter ce qu'elles ont à vraiment nous dire.
Le titre que je donnerais personnellement à ce chapitre serait donc : "Les neurosciences au secours des méthodes d'apprentissage"...
Christian Puren
lun.
15
avril
2013
"Contact" et "conflit" : critique de l'idéologie interculturaliste
A deux ou trois reprises, dans des articles et conférences, j'ai eu à citer ces lignes d'un enseignant d'allemand, écrites en France à la fin du XIXe siècle, à une époque où l'esprit de la "revanche" contre la Prusse y était particulièrement puissant et généralisé :
Plus que jamais nous avons besoin de pénétrer l'âme des nations étrangères pour pouvoir surprendre en elles, comme elles essayent de surprendre en nous, les possibles et presque certains
ennemis de demain. Or comment pourrions-nous élargir à ce point de vue l'horizon intellectuel de la jeunesse française, si ce n'est en lui faisant expliquer à fond les textes les plus probants
des civilisations rivales de la nôtre ?
ALCESTE Steph. [pseudonyme]. 1891. Revue de l'Enseignement des Langues Vivantes, n° 2, avril 1891, pp. 49-53.
A l'une de ces occasions, en 2008, je commentais ainsi ce passage, en m'inspirant de l'actualité de cette année-là :
Cette citation nous rappelle ici qu’il n’y a pas si longtemps en Europe, et de nos jours encore dans le monde, l’interculturel le plus fréquent n’était pas/n’est pas celui que nous pouvons
concevoir dans l’Europe pacifiée et individualiste qui est la nôtre, où nous pouvons heureusement nous permettre de penser l’interculturel sur le mode de la rencontre enrichissante entre des
individus porteurs de cultures différentes. Mais il ne faudrait pas oublier que l’Irak à l’Ouganda, de la jungle colombienne au Thibet, l’interculturel dominant de notre actualité est celui de
l’affrontement, et d’un affrontement collectif, que ce soit celui des ethnies, des idéologies, des nations ou des civilisations.
"La didactique des langues-cultures entre la centration sur l'apprenant et l'éducation transculturelle" http://www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/2008a/, version écrite, pp. 8-9
J'ai trouvé récemment d'autres exemples actuels chez Ian Buruma, professeur d'origine chinoise installé aux USA depuis 2005 et "l'un des intellectuels les plus en vue aux Etats-Unis", dans sa réponse à une question du correspondant du journal Le Monde à New-York :
Et le regard des Chinois sur les Etats-Unis, comment évolue-t-il ?
Tout dépend de quels Chinois on parle, mais, pour résumer, c'est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d'envoyer leurs enfants dans les universités américaines et
en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l'égard d'une Amérique qu'elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme
justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l'exacerbation d'un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en
Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a
émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en
termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C'est ce que ressentent aujourd'hui les nationalistes chinois.
Ian Buruma, "Le modèle chinois ébranle les certitudes américaines". Propos recueillis par Sylvain Cypel. Le Monde Culture et Idées, 7 janvier 2012
Au hasard du traitement de mes messages, hier matin, je suis tombé sur un bel exemple de cet élément caractéristique de l'idéologie interculturaliste, que l'on retrouve très présent en didactique
des langues-cultures, à savoir l'idée que le contact serait en soi pacifique et positif, et qu'il ne produirait forcément qu'une meilleure connaissance, compréhension et respect de l'Autre. Il
s'agit de l'annonce, sur le site Calenda.org, d'un colloque intitulé "Espaces frontaliers : zones de contact / zones de conflit ?" qui aura lieu le 25 avril prochain à Liège :
Les journées d’études interuniversitaires « frontières » organisées à l’université de Liège se proposent d’établir un bilan annuel de l’avancement de la recherche sur la notion de frontière et de limite dans une perspective diachronique et pluridisciplinaire. Après s’être interrogés sur le concept de frontière (Frontières fixes et mouvantes, espaces, temps, imaginaires – avril 2011) et sur le contexte et les circonstances de leur tracé à travers l’histoire (Penser la frontière entre Meuse et Rhin – mai 2012), les jeunes chercheurs à l’initiative de ce projet se proposent d’accorder leur attention aux hommes et aux femmes qui ont vécu ou vivent aux confins d’un territoire, à ceux qui ont gardé, transgressé, passé les limites quelles qu’elles soient, à la manière dont ils ont perçu et / ou subi l’évolution des tracés ou encore à la manière dont on leur a présenté ces changements. La définition et la perception de la frontière envisagée tantôt comme une zone de rencontres, d’échanges (matériels et culturels), de regroupements (politiques et sociaux), tantôt comme une zone de confrontation ou de fracture politique, économique, militaire, culturelle (…) seront donc au cœur de la réflexion qui sera menée durant ces deux jours.
Comme on le voit dans le titre, puis dans le texte de présentation, l'opposition "contact / conflit" implique d'attribuer exclusivement au mot "contact" une connotation positive, alors que ce
terme, en français comme dans toutes les autres langues que je connais, n'implique pas en lui-même que ce contact soit pacifique et profitable. En langage militaire, par exemple, on dit
"aller au contact de l'ennemi" : le contact peut être recherché pour le conflit, comme il peut être source de conflit. La guerre des tranchées, pendant la guerre 14-18, a été une des formes
historiques de la "rencontre" franco-allemande, avant que la création de l'OFAJ (Office Franco-Allemand pour la Jeunesse), créé à la suite de la démarche de réconciliation entre les deux nations
initiée par De Gaulle et Adenauer, ne cherche enfin, et heureusement, à installer dans la durée une autre forme de contact...
Ce colloque de Liège est un colloque de "jeunes chercheurs", mais la jeunesse n'est pas une raison pour oublier les leçons de l'histoire, d'autant plus qu'en cette affaire elles permettraient de
soumettre l'un des concepts clés de ce colloque (le "contact") à un questionnement idéologique qui me paraît indispensable... et pas seulement dans la discipline Didactique des langues-cultures.
PS. Ce post a été transmis aux organisateurs du colloque, pour commentaire éventuel.
lun.
15
avril
2013
Une petition en faveur du libre accès aux revues scientifiques
Le journal Le Monde a publié le mois dernier une tribune signée de Présidents d'universités, directeurs de MSH, responsables nationaux, éditeurs, bibliothécaires et enseignants chercheurs. Il s'agit en fait d'un appel intitulé "Qui a peur de l'open access ?" (accès libre et gratuit, ici aux revues scientifiques) avec un lien vers le site une pétition internationale "I love open access", que l'on peut signer.
L'un des sous-titres affirme "Un savoir enfermé est un savoir stérile" : je ne peux qu'inciter les visiteurs de mon site personnel - que j'ai créé pour défendre cette même idée à ma petite
échelle - à signer cette pétition.
Je suggère à tous les signataires qui seraient en mesure de le faire, d'ailleurs, d'être cohérents, et de ne pas attendre la décision des revues concernées pour mettre immédiatement leurs publications en accès libre... Je sais qu'en didactique des langues-cultures, cela rendrait immédiatement un très grand service à beaucoup d'enseignants et étudiants de par le monde.
jeu.
07
mars
2013
Un exemple de mise en oeuvre de l'homologie entre la société-classe et la société extérieure dans une autre discipline scolaire (la géographie)
Je vous signale, sur le site du Café pédagogique, dans leur lettre d'information "L'expresso" de ce jour (7 mars 2013), un excellent article de Bénédicte Tratnjek intitulé "Géographie de la salle de classe".
Ce texte m'a intéressé pour deux raisons principales :
- Il présente les différentes dispositions de la salle de classe, que l'on connaît bien en didactique des langues-cultures en tant moyens de mise en oeuvre de telle ou telle pédagogie - en
fonction du type de relation entre acteurs qu'elle favorise -, mais dans une perspective sociologique, en tant que reflet et enjeu de relations sociales. Parmi l'une des (très) nombreuses
références bibliographiques citées, on trouve ainsi un chapitre intitulé "Géopolitique de la salle de classe" (in : Emmanuel LÉZY et Alain NONJON, 1999, Cartes en main, la
cartographie aux concours, Paris : Ellipses).
- Il part du postulat - sur lequel se fonde toutes les pédagogies actives et en particulier la pédagogie de projet - que les éléments d'homologie entre la société-classe et la société extérieure
permettent d'utiliser immédiatement la première comme un temps et un espace de formation à la réflexion et à l'action sociales.
Extraits :
Dans l’espace scolaire, la géographie n’est pas seulement une discipline, elle est aussi (et avant tout) une expérimentation de l’espace. (...)
La salle de classe et, plus généralement, les espaces scolaires dans les représentations spatiales des élèves est à la fois un objet géographique permettant d’appréhender les injustices
spatiales dans l’espace perçu et l’espace vécu ; un enjeu dans les politiques urbaines et scolaires ; et un « outil » pour amener les élèves à comprendre le sens d’une géographie innovante qui
touche leurs quotidiennetés et leur donne des grilles de lecture pertinentes pour appréhender le Monde. (...)
A l'échelle de la salle de classe elle-même, les élèves expérimentent l’espace public, entre espace partagé (par l’enseignant et les élèves) et espace de contraintes (par les règles fixées
par l’enseignant pour faire de la salle de classe un espace à la fois du vivre-ensemble et d’expérimentation des normes sociétales).
C'est cette même idée de l'homologie fondamentale entre la société-classe et la société extérieure qui permet à la perspective actionnelle, dans notre discipline,
- d'ajouter à la simulation communicative, en la plaçant avant elle dans l'ordre des priorités, ce que j'ai appelé la "convention", (cf. mon article "Variations sur le thème social en didactique des langues-cultures étrangères", 2009b, chapitre 4, "4. L’agir d’usage en classe de langue : de la simulation à la convention", pp. 8-) ;
- et d'ajouter à la problématique à l'enseignement-apprentissage de la culture étrangère celle de la culture d'action en classe.
Sur mon site, on trouvera cette problématique de la culture d'action, considérée à la fois dans la société-classe et dans la société extérieure, étudiée en relation à trois situations didactiques différentes :
- dans le cadre d'un enseignement aux adultes dans des Instituts français à l'étranger (en l'occurrence, le Japon) : "La nouvelle problématique culturelle de la perspective actionnelle européenne
: cultures d'enseignement, cultures d'apprentissage, cultures didactiques", 2010e ;
- dans le cadre d'un enseignement d'une langue-culture en France à des étudiants spécialistes d'autres disciplines, dans une perspective de professionalisation : "La problématique culturelle dans
l'enseignement-apprentissage des langues en LANSAD", 2010j ;
- et dans le cas d'un enseignement du français à des adultes migrants désirant s'installer durablement en France : "Apprentissage de la citoyenneté et composantes de la compétence culturelle dans
un enseignement de type FLI (français langue d’intégration)", 2012i.
mer.
27
févr.
2013
S'exprimer dans sa langue pour apprendre la langue de l'autre
Le site Thot Cursus (www.cursus.edu) a mis en ligne une interview de Gilberte Furstenberg, qui a enseigné le français langue étrangère au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge, USA, pendant une trentaine d'années. Elle est la co-auteure de Cultura (cultura.mit.edu/), site d'échanges interculturels en ligne entre étudiants américains et français. On pourra lire l'intégralité de cette interview à cette adresse. Les étudiants y sont invités à échanger entre eux sur des documents qui les amènent à approfondir leur compréhension de la culture de l'autre.
Ce qui me semble particulièrement intéressant dans le dispositif, c'est le choix de la langue de travail, qui est la langue maternelle des étudiants, et non la langue étrangère qu'ils apprennent. Extrait :
Thot Cursus
Puisque nous sommes dans une activité linguistique, j'imagine que lors de ces échanges, chaque groupe d'étudiants utilise la langue cible, celle qu'il apprend ?
Gilberte Furstenberg
Pas du tout ! Chacun s'exprime dans la langue source : anglais pour les étudiants aux Etats-Unis, français pour les étudiants en France. Ceci, pour plusieurs raisons. D'abord, pour créer une égalité linguistique entre les étudiants. Par exemple, les étudiants français participant au projet ont tous 7 ou 8 ans d'apprentissage de l'anglais derrière eux. Alors que nos étudiants du MIT n'ont que 3 semestres d'étude du français... Ensuite, parce que l'objectif n'est pas dans cette phase d'échanges d'améliorer ses compétences écrites dans la langue cible, mais bien de décrire, de comparer et de s'interroger sur les deux cultures. Il ne pourrait y avoir d'échanges approfondis si les étudiants étaient limités par leur compétence linguistique.
Thot Cursus
Mais alors, où est l'apprentissage de la langue, dans Cultura ?
Gilberte Furstenberg
En classe ! L'activité en ligne est une partie du dispositif hybride global. Les échanges et matériels présents sur le site constituent le matériau de base de nombreux échanges en présence, qui se font cette fois dans la langue cible.
Il s'agit là d'une nouvelle conception de la relation entre L1 et L2 dans un dispositif d'apprentissage de langue étrangère, un peu semblable à la fonction n° 11 que je pointais comme pouvant
être impliquée dans la mise en œuvre de la perspective actionnelle (cf. "Fonctions de la traduction en didactique des langues-cultures"), dans la mesure
où les documents de travail ne sont plus donnés d'emblée aux étudiants, mais sont produits ou du moins sélectionnés par eux-mêmes.
Ce type de dispositif est tout à fait étranger à la tradition communicative, où soit les échanges se font en langue cible, soit chacun utilise la langue cible de l'autre (comme dans
l'apprentissage en tandem). Elle peut donner des idées aux enseignants avec des élèves - et ils sont toujours nombreux - qui ont des choses intéressantes à dire, mais ne peuvent pas (encore) le
dire en langue étrangère. Cette frustration, et ce sentiment d'infantilisation qu'ils ressentent en étant contraints de s'exprimer bien en-deça de leurs idées, sont sans doute chez eux des
facteurs de démotivation, qu'un tel type de dispositif pourrait aider à combattre.
C'est pourquoi le titre que j'ai choisi pour ce post ("S'exprimer dans sa langue pour apprendre la langue de l'autre") me paraît rendre bien mieux justice à l'originalité et à l'intérêt de ce projet que celui proposé par Thot Cursus ("Cultura : les Tice au service de l'interculturel").
lun.
18
févr.
2013
"Des projets pour mieux apprendre ?" Un nouveau dossier de l'Institut Français de l'Education
L'Institut Français de l'Education (IFE, http://ife.ens-lyon.fr/) publie régulièrement des "Dossiers d'actualité Veille et Analyses" généralement très bien faits. Il vient de mettre en ligne un dossier intitulé "Des projets pour mieux apprendre ?", qui ne déroge pas à la règle. Réalisé par Catherine REVERDY, il est consacré à un thème qui intéresse particulièrement la didactique des langues-cultures en ces temps d'élaboration de la perspective actionnelle.
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Présentation de ce dossier
L’apprentissage par projet, né dans les années 1920 en même temps que les autres méthodes actives, a été remis en lumière il y a une trentaine d’années en écho à la tendance de la société à «
penser en projet » et dans le but d’engager davantage les élèves dans leur apprentissage. Coexistent alors plusieurs types de projets à l’école, comme les projets éducatifs (qui dépassent le
cadre scolaire), pédagogiques (inclus dans la relation entre enseignants et élèves), d’établissement (pour rassembler tous les acteurs locaux et dont sont censés découler les projets
pédagogiques) et de formation (concernant l’avenir professionnel des élèves).
Ce dossier s’intéresse surtout aux projets pédagogiques, qui sont très utilisés dans les enseignements proches du monde du travail (enseignements professionnel, technologique ou supérieur), mais
qui sont abordés de manière diverse dans toutes les disciplines. L’apprentissage par projet place les élèves ou les étudiants en position d’acteurs responsables de leur projet, ce qui les amène à
chercher collectivement des solutions aux problèmes posés par la réalisation concrète du projet et à construire ainsi petit à petit leur apprentissage et leur propre projet personnel et
professionnel.
Quels sont les effets réellement constatés sur les acquis des élèves et des étudiants ? Comment faire face aux difficultés de mise en œuvre de cette méthode dans la classe, au niveau de
l’établissement ou par rapport aux contenus disciplinaires ? Ces questions sont abordées dans ce dossier, à travers des exemples d’application de l’apprentissage par projet et des résultats de
recherche soulignant notamment le rôle clé de l’enseignant dans la structuration du projet et dans l’accompagnement et le soutien aux élèves pendant la réalisation du projet.
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Télécharger la version intégrale en pdf : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/82-fevrier-2013.pdf
Parmi les passages qui ont particulièrement attiré mon attention, il y ceux qui portent sur les points suivants :
- les formes institutionnalisées de la pédagogie de projet dans l'enseignement français : Travaux Pratiques Encadrés (TPE) en lycée, Itinéraires De Découverte (IDD) en collège, Projet Pluridisciplinaire à Caractère Profesionnel (PPCP) en lycée professionnel (les liens sont donnés vers les textes officiels de référence) ;
- la question de l'évaluation des projets (pp. 14-16), et tout spécialement ce passage, qui demanderai assurément à être développé étant donné son importance, parce qu'il renvoie à la question de l'orientation processus (l'intérêt porté au processus d'apprentissage) par rapport à l'orientation produit (l'intérêt porté au résultat de l'apprentissage) :
" (...) pour qu’un changement d’approche pédagogique puisse être effectif (et cela est le cas dans les classes testées), cela implique forcément une relecture des standards du point de vue de l’apprenant, une traduction des objectifs pédagogiques en "performances d’apprentissage". (je souligne)
Faut-il rappeler encore que le CECRL, sur lequel l'institution veut fonder l'évaluation de l'apprentissage des langues, ne propose qu'une évaluation-produit, alors que l'enseignement scolaire doit accorder une importance tout aussi grande au progrès des élèves et à leur implication dans leur apprentissage ?
mar.
18
déc.
2012
Un premier numéro de revue sur la médiation en classe de langue et dans les certifications (ELA n° 167, juil.-sept. 2012)
Le numéro 167 (juillet-septembre 2012) de la revue Etude de Linguistique Appliquée est intitulé "La médiation linguistique : entre traduction et médiation des langues vivantes". Il est issu de journées d'études consacrées à ce thème en mars 2010 à l'Université Paris-Est Créteil.
Je recommande particulièrement la lecture de certaines contributions qui, comme l'écrivent dans leur présentation les deux co-coordonnateurs, Joëlle ADEN et Dirk WEISSMANN, "dressent un bilan provisoire de la mise en oeuvre dans leurs contextes éducatifs singuliers et ouvrent des pistes de réflexion pour une meilleure prise en compte des compétences de médiation dans les classes" (p. 266). Ce sont les articles suivants, illustrés par des reproductions de documents (activités de classe ou d'examen) :
- Birgit SCHÄDLICH (Université de Göttingen, Allemagne), "La mise en oeuvre de la médiation linguistique dans l'enseignement des langues vivantes en Allemagne : instructions officielles, manuels,
pratiques de classe", pp. 325-339.
- Christine MICHLER (Université de Bamberg, Allemagne), "Pour un développement précoce de la compétence de médiation linguistique : l'exemple de l'enseignement du français dans les collèges
allemands", pp. 341-353.
- Sandrine ALEGRE (Université de Bath, Royaume-Uni), "Activités langagières de médiation dans le système de certification grec KPG", pp. 355-367.
En fin de volume, Laura NICOLAS, doctorante à l'Université Paris III-Sorbonne Nouvelle, présente la problématique intéressante de sa recherche: "L'apprenant-médiateur : enjeux et perspectives des traductions spontanées en classe de français langue étrangère". Elle nous rappelle très justement que dans toute classe de langue étrangère, parce qu'elle est une micro-société multilingue, des activités de médiation sont constamment prises en charge par les enseignants et les apprenants eux-mêmes.
Autant d'articles qui font regretter que cette médiation - qui est pourtant la nouvelle activité langagière proposée par le CECRL parce que correspondant à la compétence stratégique d'un
acteur social dans une société multilingue et multiculturelle - soit pratiquement absente des instructions officielles françaises en vigueur (voir l'analyse qu'en fait Joëlle ADEN dans son
article, au chapitre 1.3. "La résistance des programmes français à la médiation linguistique", pp. 272-274). Il faudra encore très longtemps, sans doute, pour que le ministère et l'inspection des
langues, toujours en retard d'une ou deux guerres, envisagent de l'introduire dans les épreuves du baccalauréat, où elle aurait pourtant dès à présent toute sa place.
Le numéro peut être commandé, ou les articles téléchargés (au prix de 5 € l'unité...) sur le site CAIRN.INFO.
mar.
18
déc.
2012
"La perspective actionnelle, dernière mode officielle avant la prochaine ?"
C'est le titre d'un article que je viens de publier sur le site de l'Association française des professeurs de Langues Vivantes (APLV).
Voir cet article sur le site de l'APLV.
Partant d'un extrait de roman récemment publié, où l'auteur, professeur d'anglais dans l'enseignement secondaire français, raconte avec beaucoup d'humour comment dans les stages de formation continue qu'il a eu à subir depuis quelques années, chaque "mode" nouvelle était imposée autoritairement aux dépens de la précédente (la grammaire notionnelle-fonctionnelle, ensuite la Pratique Raisonnée de la Langue, puis les niveaux de compétence du CECRL, maintenant "l'actionnel"...), je m'élève contre une telle conception de la formation, et contre la conception de l'évolution de la didactique des langues-cultures qui lui est sous-jacente.
Ce qui est nécessaire au jour le jour dans les classes de langues, en effet, c'est un "éclectisme raisonné", et l'objectif de la formation est de donner aux enseignants les règles contextuelles qui les aident à décider avec quels élèves, pour quels objectifs et dans quel environnement (dispositif et situation) ils mettront en oeuvre telle ou telle orientation didactique, ou comment ils articuleront ou combineront différentes orientations. Pour cela il est nécessaire de construire, au niveau de la discipline, la "didactique complexe" que j'apelle de mes voeux depuis fort longtemps. Cf., pour me limiter aux titre de mes articles où apparaît le concept de "complexe":
- 1994c. "Pour une formation complexe"-
- 2000b. "Pour une didactique complexe"
- 2002a. "De la méthodologie audiovisuelle première génération à la didactique complexe des langues-cultures"
A cet article est lié un forum, que je modèrerai moi-même jusqu'à sa fermeture le 7 janvier prochain, où les lecteurs peuvent dès à présent donner leur avis et apporter leurs témoignages. Une copie de cet article sera ensuite versée dans la rubrique "Mes travaux : liste et liens" de mon site.
ven.
09
nov.
2012
La classe de langue étrangère, un milieu multilingue où l'on s'entraîne à vivre dans une société multilingue
Je viens de rajouter aux six remarques antérieures sur le tableau des "Fonctions de la traduction L1 <-> L2 en didactique des langues-cultures" (document 033 en Bibliothèque de travail) une septième remarque.
Pour cette remarque, je reproduis un tableau statistique concernant la "Fréquence d'utilisation de la langue étrangère en classe par les enseignants et les élèves, 2010-2011". Ce tableau statistique est extrait d'une publication conjointe Eurydice/Eurostat réalisée en coopération avec la Commission européenne (dernière consultation 9 novembre 2012) intitulée "Chiffres clés de l'enseignement des langues à l'école en Europe 2012". Ce tableau est intéressant parce qu'il montre, comme l'écrivent les auteurs de cette publication, que "tant les enseignants que les élèves utilisent peu la langue-cible en classe".
Je reproduis à la suite l'argumentation qu'ils utilisent pour critiquer ce recours à la L1 dans les classes de L2 en Europe :
Les programmes d'enseignement d'une douzaine de pays ou régions recommandent aux enseignants de mettre davantage l'accent sur les compétences orales (à savoir la compréhension et l'expression orales) quand ils commencer à enseigner les langues étrangères aux élèves plus jeunes. À la fin de l'enseignement obligatoire, cependant, les quatre compétences communicatives (écouter, parler, lire et écrire) ont le même statut dans pratiquement tous les programmes. Malgré cela, dans pratiquement tous les pays ou régions ayant participé à l'ESLC [European Survey on Language Competences], selon les élèves, les enseignants n'utilisent pas " habituellement " la langue cible en classe, bien qu'ils l'utilisent de temps en temps.La recherche scientifique suggère que plus le bain linguistique est important, meilleure est la maîtrise de la langue apprise. Malgré cela, dans pratiquement tous les pays ou régions ayant participé à l'ESLC, selon les élèves, les enseignants n'utilisent pas "habituellement" la langue cible en classe, bien qu'ils l'utilisent de temps en temps.
Mon commentaire critique, que l'on retrouvera dans la remarque n° 7 de ce document 033 avec la reproduction du tableau statistique, est le suivant:
On aimerait savoir sur quelles publications s'appuie le rédacteur pour affirmer que "la recherche scientifique suggère que plus le bain linguistique est important, meilleure est la maîtrise de la
langue apprise." Parce qu'il s'agit d'une affirmation hautement discutable, telle qu'elle est ainsi présentée, comme une loi générale. Ainsi au moins en milieu scolaire, dans les premiers temps
de l'apprentissage et pour certains élèves, l'absence de toute consigne et de toute explication en L1 (qu'elle soit grammaticale, lexicale, culturelle,…) constitue certainement un gêne pour
l'apprentissage. L'enseignement scolaire, avec son nombre d'heures très limité et ses élèves partageant tous la même L1, n'est pas en mesure de recréer un environnement de L2 suffisamment
important et crédible pour fonctionner vraiment comme un bain linguistique ; il n'a d'ailleurs aucun intérêt à le faire, parce qu'il peut au contraire utiliser ses propres avantages, parmi
lesquels se trouve la disponibilité d'une langue de communication maîtrisée par tous, la L1.
En outre, depuis la publication du CECRL, un autre argument vient s'ajouter en faveur d'une place certes limitée mais reconnue à la L1, et c'est que la classe de L2 est un milieu
naturellement multilingue (y cohabitent au moins la L1 et la L2) en homologie avec la société multilingue à laquelle il s'agit désormais de préparer les élèves.
Il est assez invraisemblable qu'une publication à laquelle a participé la Commission européenne reprenne une idée aussi simpliste du point de vue didactique, et complètement inadaptée aux
nouveaux enjeux de l'enseignement-apprentissage des langues en Europe.
mar.
16
oct.
2012
L’évolution des constructions méthodologiques sur le modèle d'évolution des perspectives internes de la DLC : méthodologie -> didactique -> didactologie
Un collègue formateur m'a récemment écrit pour me demander si le concept de « noyau dur méthodologique » était ou non pertinent pour la décrire la perspective actionnelle (et si oui, quel était-il...). J’ai constamment utilisé en effet ce concept pour décrire les méthodologies traditionnelle, directe, active, audio-orale et audiovisuelle. Voir dans l’index notionnel d’Histoire des méthodologies les numéros des pages où apparaît ce concept (www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/1988a/, p. 443) ; ou la présentation des différents schémas correspondant dans l’Essai sur l’éclectisme (www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/1994e/, pp. 151-155) ; ou encore, dans mon cours « La didactique des langues comme domaine de recherche », dans le dossier n° 4 consacré à « La perspective méthodologique » (www.christianpuren.com/cours-la-dlc-comme-domaine-de-recherche/dossier-n-2-la-perspective-méthodologique/), le chapitre 2 consacré à ces noyaux durs (pp. 5-11), où je propose en outre une schématisation de l’approche cognitive (chap. 2.4., pp. 9-11).
On lira ci-dessous, réécrit pour l’occasion, le contenu de la réponse que j’ai faite à ce collègue, et qui m'a amené à expliciter – ce que je n'avais pas fait dans mes publications jusqu'à présent, je pense – la relation entre l'évolution des méthodologies et celle de la discipline.
Le concept de « noyau dur méthodologique » ne peut pas être pertinent pour décrire la perspective actionnelle, ni telle qu’elle est actuellement, en cours d’élaboration, ni sans doute dans les années qui viennent, parce que la cohérence du processus d'enseignement-apprentissage n’y est plus conçue dans une perspective méthodologique, mais dans une perspective didactologique, celle de la finalité de formation des apprenants comme des acteurs sociaux.
Sur la définition des trois perspectives pour moi constitutives de la discipline « Didactique des langues-cultures » telle qu’elle fonctionne actuellement – les perspectives méthodologique, didactique et didactologique –, je renvoie à mon cours « La didactique des langues-cultures comme domaine de recherche », dossier n° 1: Les trois perspectives constitutives de la didactique des langues-cultures, www.christianpuren.com/cours-la-dlc-comme-domaine-de-recherche/dossier-n-1-les-3-perspectives-constitutives-de-la-dlc/. Les lecteurs pressés ou qui veulent simplement réactiver leurs souvenirs pourront se contenter du schéma reproduit sur mon site dans la rubrique « Bibliothèque de travail », www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/002/.
La perspective actionnelle ne peut donc être construite ni décrite comme une méthodologie constituée. Elle n'a d’ailleurs pas été annoncée comme telle dans le CECRL, que ce soit dans sa présentation succincte (p. 15 de l’édition française Didier de 2001)» ou dans le reste de ce document, les auteurs ayant choisi de ne prendre aucune position méthodologique. Sage décision, parce que les années suivantes leur aurait donné tort, pendant lesquelles la perspective actionnelle s’est construite en opposition avec l’approche communicative dont on voit bien, à l’analyse de leurs descripteurs de compétence, qu’elle était encore leur seule référence méthodologique…
Cette absence de principes méthodologiques dans les fondements de la perspective actionnelle explique sa très grande ouverture a priori dans ce domaine : tout procédé, démarche ou approche ont vocation à y être mis en œuvre du moment qu’ils sont mis au service de cette finalité. Au niveau micro-méthodologique – le niveau des « méthodes » dans le sens que je donne à ce concept, celui d’unités minimales de cohérence méthodologique (voir le même dossier 4 de mon cours cité plus haut, ou les documents 04 à 08 en Bibliothèque de travail, http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/) –, la méthode massivement privilégiée sera forcément la méthode active, mais c’était déjà le cas, du moins en principe, dans l’approche communicative, dans la « méthodologie active » (méthodologie officielle dans l’enseignement scolaire français des langues des années 1920 aux années 1960), et auparavant dans la méthodologie directe, où la méthode active faisait déjà partie du noyau dur avec les méthodes directe et orale (cf., dans Histoire des méthodologies, le schéma de la p. 121 et la présentation des formes de mise en œuvre de cette méthode au chap. 2.2.3, pp 131-136).
La cohérence de l'approche communicative, quant à elle, s’était construite dans une perspective didactique, à savoir à partir des objectifs (cf. l’importance de l'analyse de besoins langagiers dans les Niveaux-seuils) et d’un série de modèles : le modèle pédagogique de la « centration sur l’apprenant », le modèle linguistique de la grammaire notionnelle-fonctionnelle, et un modèle très abstrait mais prégnant, celui de l'opérateur « inter », que l'on retrouve dans les concepts-clés « interaction », « interculturel » et « interlangue"[1]. Or avec les objectifs et les modèles, on est dans l'élaboration première de l'approche communicative au moyen d'éléments qui font pour moi partie du champ de la perspective didactique : cf. mon schéma www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/044/).
On retrouve la perspective principalement mobilisée dans les appellations elles-mêmes :
– « méthodologie directe » : directe fait référence à un choix méthodologique, celui d’éviter au maximum le recours à l’intermédiaire de la L1 en classe ;
– « méthodologie active » : active fait référence à toutes les formes de mise en œuvre de la méthode active (cf. http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/006/);
– « approche communicative » : communicative fait référence à l’objectif de compétence de communication ;
– « perspective actionnelle » : actionnelle fait référence à la finalité de formation d’un acteur social.
On peut résumer cette évolution parallèle dans le tableau suivant.
|
Périodes |
Perspective disciplinaire dominante |
Construction méthodologique |
|
années 1900-1970 |
perspective méthodologique |
méthodologies directe, active, audio-orale et audiovisuelle |
|
années 1970-1990 |
perspective didactique |
approche communicative |
|
années 2000- ? |
perspective didactologique |
perspective actionnelle |
_______________
Télécharger la version pdf de ce message.
[1] Je traite la question de l’ « inter » et des autres opérateurs logiques que l’on rencontre dans l’histoire de la didactique et des méthodologies dans une conférence en ligne : www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/2010i/.
sam.
23
juin
2012
Un bon exemple de "carte conceptuelle" (mindmap) comme outil de réflexion, de recherche et d'évaluation en didactique des langues-cultures
Thot Cursus (http://cursus.edu/) signale dans la dernière livraison de sa lettre d'information un espace du site web de l'Université Lille-3
consacré à la thématique de l'"apprendre à apprendre". L'entrée en est un "carte conceptuelle" ou "carte mentale", en anglais mindmap :
http://crl.univ-lille3.fr/apprendre/index.html.
Il s'agit d'un bel exemple de ce type de modèle graphique, qui permette de présenter des ensembles de concepts clés reliés en eux. En version électronique (comme c'est le cas ici), ces
concepts sont aussi des liens cliquables renvoyant à des ressources internes et externes : autres liens, questionnaires, références bibliographiques, documents, autres sites,... L'ensemble
de la carte proposée par l'Université Lille-3 peut être téléchargé au format pdf, ce dont les étudiants seront certainement reconnaissants...
Depuis quelques années ont été publiées diverses propositions d'utilisation pédagogique de ces cartes dans les classes, y compris les classes de langue (aller par exemple sur le site du Café
Pédagogique (www.cafepedagogique.net) et taper ces expressions dans le moteur de recherche interne), comme outils d'aide au brassage,
à la réflexion, à la synthèse ou encore à la mémorisation lexicales et conceptuelles. On trouvera sur Internet de nombreux logiciels gratuits de mind mapping.
Pour la carte conceptuelle de l'Université Lille-3 ont été choisis comme premiers liens à partir de "apprendre à apprendre": Se connaître soi-même - Savoir réfléchir - Réseau et ressources -
Autonomie.
Des didacticiens de langues-cultures sont certainement intervenus dans la conception de cette carte, parce que le concept d'autonomie y fait la part belle à la didactique des langues, avec en
particulier des références aux travaux bien connus du CRAPEL et de celui qui fut longtemps son directeur, Henri Holec, par ailleurs coordonnateur d'une publication du Conseil de la coopération
culturelle du Conseil de l'Europe sur l'autonomie : Autonomie et apprentissage autodirigé : terrains d'application actuels (Strasbourg : Concil of Europe, 1988).
On peut toujours trouver des critiques à faire, outre celle concernant certains liens brisés, comme le remarque Thot Cursus. Je regrette tout particulièrement que les liens ne conduisent qu'à des
ressources de type "illustration", et non aussi à de type "problématisation" : l'"autonomie", pour reprendre le même exemple, n'est pas si évidente que cela, ni en tant que concept, ni en tant
qu'objectif en classe, sans parler de la difficulté à l'implémenter dans les manuels...
Une telle problématisation demanderait en particulier un minimum de mise à jour. Deux exemples liés à l'actuelle perspective actionnelle :
- L'un concerne l'autonomie : la perspective actionnelle et sa finalité de formateur d'un acteur social amène ainsi à mettre en avant une question qui n'était pas posée à l'époque de l'approche
communicative, celle de l'autonomie collective (des groupes restreints et du groupe-classe): cf. mon dossier "L'autonomie dans la nouvelle perspective actionnelle : une problématique à
reconsidérer", http://www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/2010f/.
- L'autre concerne le concept central de la perspective actionnelle, "l'action". Pour apprendre à apprendre, il faut certes "s'engager dans l'action", mais lorsque les auteurs écrivent : ...
Cette action va s'engager à partir de nos représentations, qui fondent notre expérience et nous constituent, et à partir desquelles nous allons penser, faire des choix, agir. C'est pourquoi
il est utile de les interroger dès le début de la démarche d'apprentissage, d'accepter si nécessaire de les modifier, de les faire évoluer, afin de lever des sources de difficultés potentielles
et insoupçonnées",
... ils ne font que décalquer sur l'actionnel le modèle ancien de l'interculturel, où les représentations préalables figées, et erronées ou simplistes (les "stéréotypes") étaient mise en avant parce que considérées comme gênant la bonne interaction langagière. La perspective actionnelle exige une autre théorie de l'action, ou l'acteur est considéré a priori comme conscient et responsable, et engageant par conséquent son action à partir de ses conceptions.
Pour une critique de l'usage abusif du concept de "représentation" pour penser l'action, cf. sur mon blog le post http://www.christianpuren.com/2011/05/04/les-représentations-un-concept-de-plus-en-plus-fumigène/; pour une réflexion sur les composantes sémantiques du concept de "conception (de
l'action", cf. en bibliothèque de travail le document http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/045/.
Malgré tout, cette carte conceptuelle illustre bien l'intérêt non seulement de ce type de document en lui-même, mais aussi et surtout celui de son processus de réalisation. Sa production devrait
être exigée, me semble-t-il, de tout apprenti-chercheur (en mémoire ou en thèse) par son directeur, parce qu'elle est un bon outil de recherche et d'évaluation de la "carte conceptuelle",
précisément, que tout chercheur doit avoir en tête comme cadre théorique de sa recherche. Pour prendre une métaphore spatiale, elle est un bon outil de "balisage" d'ensemble de son terrain de
recherche, qui permet de mieux repérer où creuser personnellement, et où se contenter au contraire de se déplacer sur les voies déjà tracées par d'autres.
Christian Puren
jeu.
21
juin
2012
Enfin un vrai débat sur les orientations de la Division des Politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe ?
Un débat sur les orientations de la Division des Politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe a été lancé sur une liste de discussion créée ad hoc suite à la publication il y a quelques mois de l'ouvrage de Bruno Maurer Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante (Paris : Éditions des archives contemporaines, 2011, 156 p.). J'en ai publié un compte rendu sur mon site. Il faut espérer que ce débat s'engage enfin véritablement.
Il s'agit d'une liste fermée: pour participer, il est nécessaire de demander préalablement son inscription au modérateur, Denis de Robillard.
Je reproduis ci-dessous le texte de mes deux interventions récentes sur cette liste.
______________________________________
Message en date du 17 juin 2012
Bonjour à tous,
J'interviens ponctuellement à partir de ce passage de Philippe Blanchet:
16/06/2012 15:22, Philippe Blanchet - Rennes 2 a écrit :
Personnellement je ne perçois pas l'approche actionnelle plurilingue et interculturelle du CECR comme une rupture par rapport à l'approche communicative mais comme une continuité, un
développement (Jean-Claude Beacco a écrit un texte en ce sens aussi, je sais plus où). Là où est la rupture c'est avec un enseignement linguistique (pour ne pas dire grammatical) de langues
normées. A mon sens le communicatif entamait déjà la rupture et… c'est une bonne chose!
Philippe Blanchet reprend la position qu'avec Beacco défendent un certain nombre de didacticiens, comme Evelyne Bérard... et Daniel Coste, alors même que ce dernier était parmi les co-auteurs du
CECR, où l'on peut lire ceci dans la présentation de la compétence plurilingue:
On peut arriver au multilinguisme simplement en diversifiant l’offre de langues dans une école ou un système éducatif donnés, ou en encourageant les élèves à étudier plus d’une langue
étrangère, ou en réduisant la place dominante de l’anglais dans la communication internationale. Bien au-delà, l’approche plurilingue met l’accent sur le fait que, au fur et à mesure que
l’expérience langagière d’un individu dans son contexte culturel s’étend de la langue familiale à celle du groupe social puis à celle d’autres groupes (que ce soit par apprentissage scolaire ou
sur le tas), il/elle ne classe pas ces langues et ces cultures dans des compartiments séparés mais construit plutôt une compétence communicative à laquelle contribuent toute connaissance et toute
expérience des langues et dans laquelle les langues sont en corrélation et interagissent. (...) De ce point de vue, le but de l’enseignement des langues se trouve profondément modifié. Il ne
s’agit plus simplement d’acquérir la « maîtrise » d’une, deux, voire même trois langues, chacune de son côté, avec le « locuteur natif idéal » comme ultime modèle. Le but est de développer un
répertoire langagier dans lequel toutes les capacités linguistiques trouvent leur place. (...)
Restent encore à régler et à traduire en actes toutes les conséquences d’un tel retournement de paradigme.
(CECRL édition Didier 2001, chap. 1.3 "Qu'entend-on par "plurilinguisme ?", p. 11).
- "... un tel retournement de paradigme": on ne peut pas dire qu'à l'époque, fin 90, les auteurs du Cadre avaient l'impression en écrivant cela qu'il y avait continuité entre l'approche
communicative et la mise en oeuvre de la compétence plurilingue: c'est alors l'approche communicative qui est le paradigme dominant en didactique des langues en Europe depuis près de 25 ans,
depuis la publication au milieu des années 70 des premiers Niveaux-seuils, conçus par les experts... de ce même Conseil de l'Europe. L'approche communicative avait été conçue pour
l'enseignement de langues isolées les unes des autres, et elle appliquait à toutes le principe d'une même progression des mêmes compétences (pas de notion de "compétence partielle" à laquelle
pourrait s'arrêter l'enseignement).
- "Restent encore à régler et à traduire en actes toutes les conséquences" (sic pour "restent" au pluriel). Les auteurs du Cadre pensent bien sûr à l'organisation des curricula, mais on
pourrait dire aussi "reste à traduire didactiquement toutes les conséquences..." Par exemple, le développement de la compétence plurilingue implique forcément un accent mis sur la réflexion
métalinguistique comparative dont on ne peut vraiment pas dire qu'elle était une priorité de l'approche communicative.
Ce que je dis là de la compétence plurilingue s'applique aussi à la perspective actionnelle, dont on aurait pu attendre que les "experts" de la Division des Politiques Linguistiques (DPL) de la
Commission Européenne (COE) expliquent pourquoi ils ne l'ont pas suivie, comme la compétence plurilingue, alors qu'elle aussi impliquait potentiellement un changement de paradigme (de la
communication interindividuelle à l'action sociale, en l'occurrence). Je retrouve dans les pratiques de cette DPL la même arrogance que dans les instructions officielles régissant l'enseignement
des langues en France, où l'on se permet de ne pas expliquer le pourquoi des évolutions que l'on propose, ou de celles que l'on abandonne, parce qu'on estime avoir un statut qui permet de s'en
passer.
En fait, le débat sur la question concernant l'existence d'une continuité ou d'une rupture entre approche communicative, d'une part, et d'autre part la mise en oeuvre de la compétence plurilingue
et de la perspective actionnelle, me paraît parfaitement vain. La seule question qui se pose, à mes yeux, est de savoir si nous voulons ou pas - et pourquoi ? - construire les nouvelles
configurations didactiques en rupture ou en continuité avec l'approche communicative.
Personnellement, j'ai fait le choix de la rupture,
1) parce que le "règlement" et la "traduction" des nouveaux paradigmes (plurilingue et actionnel) me semblent l'imposer ; ainsi, des classes d'éveil aux langues ne visent pas le développement
d'une compétence communicative, dans aucune des langues prises en compte ; une classe mettant en oeuvre une perspective actionnelle va aussi appliquer cette perspective à l'ensemble de la gestion
de l'information, qui ne se limite pas à la communication ;
2) parce les ruptures permettent de relancer la réflexion didactique à une période où l'approche communicative a épuisé ses potentialités d'innovation (sinon sur le terrain, du moins dans la
réflexion didactique) ;
et 3) parce qu'ainsi les systèmes éducatifs européens et les enseignants élargissent la palette de leurs outils d'action.
J'admets qu'on puisse débattre de mes arguments et de mes choix, mais, encore une fois (comme je l'ai dit dans mon intervention précédente, en reprenant là aussi une des fortes critiques de Bruno
Maurer), je n'admets pas que le débat ne soit pas organisé publiquement au sein même de la DPL, laquelle fonctionne sur la base d'un unanimisme qui à lui seul le déligitimise du point de vue
scientifique.
Il est quand même invraisemblable de voir que ce seraient les "experts" de la DPL du COE qui s'arrogeraient le pouvoir de décider non seulement des réorientations des politiques linguistiques,
mais de dire la vérité officielle sur ce que sont ou ne sont pas leurs implications didactiques !!!
Cordialement,
Christian Puren
_______________________________________
Le début du message suivant en date du 21 juin fait allusion à un message précédent, sur cette liste de diffusion, de Denis De Robillard, qui est professeur à l'Université de Tours, Département
de sociolinguistique et didactique des langues. Je recopie ci-dessous le passage en question :
De la même manière, au lieu de tomber à bras raccourcis sur les compagnons de route critiques et didacticiens critiques, ou de les ignorer, ce qui est encore moins respectueux de leur
travail, il me semble que le domaine du FLE ferait mieux de gérer ces critiques plus intelligemment, et éthiquement, en acceptant les débats ouvertement comme le demandait C. Puren, ce qui n'a
pas vraiment été le cas : les critiques sont ignorées le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'elles apparaissent soudain, comme avec le livre de Bruno, quelles que soient les critiques
qu'on peut lui faire par ailleurs. A cette condition, sans doute, le FLE redeviendra un domaine de recherche dynamique : mais c'est comme pour l'interculturel : si on n'est pas capable d'accepter
le conflit, et son engagement dans le conflit, sans s'idéaliser comme étant capable, avec les forces de ses petits neurones à soi, de rester tout seul au-dessus de la mêlée avec une sorte de
rationnalité irréelle, cela ne marche pas, et les relations interculturelles, comme les relations de recherche restent de l'ordre du disneylangue (le mot n'est pas de moi, mais je ne sais pas si
l'auteur voudrait que je le mêle à mes propos ici) et de la barbe-à-papa : très agréables superficiellement, mais on reste sur sa faim.
______________________________________
Message en date du 21 juin 2012
Bonjour à tous,
Je rebondis sur le dernier paragraphe de la dernière contribution de D. de Robillard.
Depuis des années, le problème en ce qui me concerne n'a pas été de "rester tout seul au-dessus de la mêlée avec les forces de mes petits neurones", mais, avec ces mêmes neurones, de parvenir à
faire entrer les autres dans la mêlée. Il faut croire qu'ils étaient effectivement petits (mes neurones) pour que je n'y sois jamais parvenu, malgré une bonne vingtaine d'années d'efforts
constants. On verra ce que donnera cette liste de discussion, si cette mêlée s'engage enfin...
De mon point de vue de didacticien de langues-cultures, il y a trois aspects, dans les orientations actuelles de la Division des Politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe (DPL), qui
auraient mérité de susciter un intense débat dès qu'elles ont été connues, à partir du milieu des années 2000:
1) l'exclusivité attribuée à une seule orientation, dite "plurilingue et interculturelle" (je reviendrai plus bas sur cette formule épistémologiquement curieuse) ; c'est l'objet principal de la
critique de B. Maurer dans son ouvrage ;
2) l'absence de tout "suivi" de la perspective actionnelle pourtant ébauchée dans le CECR, alors même que c'est la réorientation méthodologique mise en oeuvre (avec plus ou moins de rigueur, mais
ce n'est pas le lieu d'en parler ici) dans tous les manuels de FLE depuis quelques années : j'en ai parlé dans ma contribution précédente ;
3) et enfin la question de l'interculturel, qui fera l'objet de ma présente contribution sur cette liste.
Cela fait des années que j'écris que la problématique dite "interculturelle" occupe indûment tout l'espace de la réflexion didactique sur la culture, et que cela se paie :
a) par une grande confusion conceptuelle : tout est devenu "interculturel", y compris, par exemple, l'approche comparative en culture, où l'on compare des connaissances ; or l'approche
interculturelle s'est construite au départ sur le projet d'un travail nécessaire des apprenants sur leurs représentations, et non plus sur leurs connaissances, auxquelles on se limitait
précédemment ;
b) et par une inflation de recherches et développements théoriques sur l'interculturel de plus en plus inutilisables en didactique des langues-cultures parce que de plus en plus éloignés de ce
qui intéresse finalement le didacticien, à savoir des perspectives de mise en oeuvre concrète dans les manuels et pratiques de classe.
Cela fait des années aussi que je propose par conséquent de resserrer à nouveau l'approche interculturelle sur ce qui en était le coeur au départ, à savoir le travail des apprenants sur leurs
représentations, de manière :
a) à laisser de la place à d'autres approches antérieures mais qui gardent leur pertinence (la preuve en est que ce sont celles qui sont toujours restées dominantes dans les manuels), à savoir
l'approche "transculturelle" (qui concerne les valeurs posées comme partagées par tous, dites "humanistes") et l'approche "métaculturelle" (avec "méta" dans le sens qu'a le préfixe dans
"métalinguistique" ou "métalangage"), qui concerne les connaissances ;
b) et à construire didactiquement les deux autres approches nouvelles désormais nécessaires :
- l'approche "pluriculturelle", où les cultures sont pensées non pas dans le contact initial et ponctuel - comme dans l'approche interculturelle -, mais dans la durée, comme elles le sont dans
les sociétés multiculturelles ;
- et l'approche "co-culturelle", concept que j'ai introduit il y a déjà tout juste 10 ans, en 2002, dans un article où j'écrivais, à propos de la perspective actionnelle : "Mais lorsqu'il s'agit
non plus seulement de " vivre ensemble " (co-exister ou co-habiter), mais de " faire ensemble " (co-agir), nous ne pouvons plus nous contenter d'assumer nos différences : il nous faut
impérativement créer ensemble des ressemblances."
Cet article de 2002 s'intitulait "Perspectives actionnelles et perspectives culturelles en didactique des langues-cultures : vers une perspective co-actionnelle co-culturelle", et il a été publié
à l'origine pp. 55-71 dans Les Langues modernes, la revue de l'APLV, n° 3/2002 juil.-août-sept. 2002, numéro intitulé... "L'interculturel" (vous aurez compris que ce n'est pas moi qui
avait choisi ce titre !). Il est consultable en ligne sur mon site).
Cet article a été lu je pense par de nombreux collègues didacticiens - il a été en effet souvent cité au passage - mais il n'y a jamais eu débat entre nous sur le cadre conceptuel nécessaire en
didactique des langues-cultures pour repenser l'approche culturelle après la publication du CECR.
Dix ans plus tard (!), nous en sommes toujours au même point, avec un blocage sur un concept unique - l'interculturel - qui se révèle hautement simplificateur, et qui est devenu complètement
f(l)ou à force de trop servir: pour une illustration concrète de ma critique, cf., pour ceux que ça intéresse, ma réaction l'année dernière à un rapport concernant le projet européen Dylan
financé par l'Union européenne, réaction publiée sur mon blog en date du 4 mai 2011. L'adresse en donne en même temps le titre (qui lui-même en donne le "ton"...) :
http://www.christianpuren.com/2011/05/04/les-représentations-un-concept-de-plus-en-plus-fumigène/.
Et puisque j'en suis à citer mes propres productions (mais j'y suis bien obligé), je signale que j'ai repris et synthétisé il y a quelques mois toutes mes critiques concernant l'interculturel -
et surtout mes propositions d'un modèle complexe de la compétence culturelle - dans un article publié l'année dernière sur mon site : "Modèle complexe de la
compétence culturelle (composantes historiques trans-, méta-, inter-, pluri-, co-culturelles) : exemples de validation et d’application actuelles".
J'y présente ce que je considère comme différentes validations de ce modèle extérieures à la didactique des langues-cultures, et qui sont de type empirique, sociologique, philosophique et
cognitif. Pour la validation philosophique, je m'appuie sur un auteur que j'ai fait connaître en didactique des langues-cultures depuis des années dans plusieurs articles (dont certains parus
dans les ELA), et qui a publié par exemple (on notera les titres, et les années de publication):
- Complexité des cultures et de l'interculturel (Paris, Anthropos, 2000, 332 p.)
- Critique de l'interculturel. L'horizon de la sociologie (Paris : Éd. Economica, 2005)
On pourra s'amuser à rechercher dans notre discipline le nombre de références à ces deux ouvrages parmi les spécialistes de l'interculturel : ils me semblent en général bien plus soucieux de
bétonner leur territoire que de l'ouvrir à la contradiction - euphémisme de rigueur.
Je résume en quelques lignes ce qui dans les idées de Jacques DEMORGON intéresse ici mon propos. Il considère qu'il y a dans toute société une tension constante et nécessaire entre trois pôles
opposés - l'interculturel, le multiculturel et le transculturel -, et qu'aucun des positionnements extrêmes sur l'un ou l'autre de ces pôles n'est tenable, une société multiculturelle ne
pouvant fonctionner que si s'établit entre les trois une relation dynamique de nature dialogique. À partir de cette idée, il développe ainsi sa critique de l'interculturel :
Prenons le cas de l'Europe, si discuté en ce moment. On y trouve incontestablement des situations multiculturelles, non seulement entre les nations européennes mais à l'intérieur de nombre
d'entre elles. Parfois, elles s'accompagnent même de conflits violents qui s'éternisent comme ceux du Pays Basque sinon d'Irlande du Nord. En même temps, beaucoup, en Europe, tentent de
promouvoir une unité transculturelle. L'interculturel est écarté dans les deux perspectives, il est vrai, de façon différente et même opposée. Par rapport aux stratégies d'opposition
multiculturelles, il fait figure d'illusion idéaliste. Par rapport au transculturel, il passe pour un agitateur des différences culturelles, alors qu'il faut, au contraire, souligner les
ressemblances. Ainsi, on comprend mieux l'erreur de ceux qui misent sur l'interculturel comme solution. (p. 399)
(...) Certes, sous leurs diverses formes, le multiculturel, le transculturel et l'interculturel ont pu être pris pour des solutions satisfaisantes, successivement selon les moments, et même simultanément dans des lieux différents. Il serait sage de voir que le maintien de cet antagonisme ternaire est une précaution par rapport à la complexité du réel dans laquelle nous devons être capables de vivre et d'agir ensemble. (p. 400)
Encore une fois on peut ne pas être d'accord avec ces idées, et même s'indigner de ma charge contre le "monument" imposant qu'est devenu l'interculturel, mais je ne comprends pas que l'on puisse les ignorer. Ce n'est pas digne d'une discipline qui prétend se faire reconnaître comme telle, que d'escamoter ainsi constamment le débat, en ignorant tout ce qui ne va pas dans le "bon" sens ; ce "bon" sens étant celui d'un unanimisme de façade - pour les uns, qui connaissent mais veulent ignorer - et de naïveté - pour les autres, les plus nombreux et sans doute les plus jeunes, qui n'ont même pas vu les divergences et dissensions, parce qu'ils ont complètement intégré une culture du consensus : il m'a toujours fallu batailler avec mes thésards pour qu'ils recherchent entre les didacticiens reconnus, dans leurs lectures sur chacun de leurs concepts de référence, non pas d'abord les accords, mais les désaccords, non pas d'abord les convergences, mais les divergences .
Les désaccords seraient-ils enfin en train d'émerger publiquement sur la question de l'interculturel en didactique des langues-cultures ? Dans le programme des prochaines "Rencontres interculturelles et formation. Journée de réflexion organisée par la revue Éducation permanente (elle a lieu demain, 22 juin, voir l'annonce sur le site de la revue Sciences Humaines, consulté 20 juin 2012), est annoncée une "discussion entre Martine Abdallah-Pretceille (université Paris-VIII) et Fred Dervin (université de Turku, Finlande)" intitulée « En finir avec l'interculturel ? ». Vous pouvez supprimer le point d'interrogation, il s'agit d'une affirmation : Dervin, qui a fait sa thèse avec Pretceille, vient de publier chez L'Harmattan (coll. "Logiques sociales", mars 2012) un ouvrage intitulé Impostures interculturelles. Il y dénonce le culturalisme, dont les (autres toujours) "spécialistes de l'interculturel" en didactique des langues-cultures rejetteront sans doute le procès, mais que je considère comme Jacques DEMORGON une dérive inévitable si cet interculturel n'est pas mis constamment en tension avec le transculturel et le multiculturel.
Il faut espérer que cet autre débat central pour la didactique des langues-cultures s'ouvre enfin lui aussi. Dans le CECR, la compétence nouvelle annoncée comme indispensable au citoyen
dans une société multilingue et multiculturelle était la compétence "plurilingue et pluriculturelle". Plusieurs didacticiens de FLE ont par la suite publié sur ce concept de
compétence ou d'éducation "plurilingue et pluriculturelle". Et voilà que dans les textes de la DPL depuis quelques années, le concept est devenu "éducation plurilingue
et interculturelle". Que croyez-vous qu'il arriva? A ma connaissance, aucune interpellation publique sur ce changement d'appellation, même de la part de ces didacticiens qui
ont entre-temps publié sur la question (ils se reconnaîtront, je crois que certains sont inscrits à cette liste de discussion...), alors que ce changement aboutit à un couple conceptuel quand
même très curieux, a priori épistémologiquement bancal, et qui serait de toute évidence à questionner. Si l'on postule une relation étroite voire structurelle entre langue et culture
dans le domaine de l'enseignement-apprentissage, comment peut-on en effet penser l'un dans le cadre conceptuel du "pluri", et l'autre dans celui de l'"inter"? Qu'est-ce que ce décalage entre les
deux opérateurs logiques signifie ? Est-ce que ça ne mérite pas que l'on en débatte, alors que cette éducation "plurilingue et interculturelle" est proposée désormais par la DPL comme l'horizon
de cet enseignement en Europe ? Comment se fait-il qu'il n'y pas eu débat ? Comment un domaine de recherche qui se prétend universitaire, la didactique des langues-cultures, peut-il
dysfonctionner à ce point depuis des années, pour laisser ainsi fonctionner la DPL en toute irresponsabilité scientifique ? Enfin, pourquoi dans notre domaine faut-il ainsi hausser le
ton jusqu'à la limite de l'agressivité, pour essayer non pas seulement de se faire entendre, mais surtout de se faire répondre ?
Cordialement,
Christian Puren
_____________________________________
dim.
10
juin
2012
Publication d'un ouvrage sur la perspective actionnelle : J.-J. RICHER, "La didactique des langues interrogée par les compétences"
L'ouvrage suivant vient de paraître :
RICHER Jean-Jacques, La didactique des langues interrogée par les compétences. Bruxelles, EME & InterCommunications sprl, 2012, 194 p.
Même s'il ne l'annonce pas dans son titre, c'est bien la perspective actionnelle, et son processus actuel d'élaboration, qui est l'objet de cette publication. L'auteur en effet annonce ainsi dans l'introduction générale "la thèse centrale qui servira de fil conducteur à cet ouvrage":
[ ...] c'est la conception de la compétence développée dans les univers de production [...] qui peut permettre de mettre en évidence dans le Cadre européen la présence d'un ensemble notionnel suffisamment cohérent pour donner naissance à une nouvelle méthodologie. Toutefois, par effet retour, cette même référence à la compétence telle que définie dans le monde du travail nous obligera à pointer les insuffisances de la notion de compétence adoptée par le Cadre et à énumérer un certain nombre de chantiers didactiques devant être ouverts urgemment afin que la Perspective actionnelle se constitue pleinement et ne soit pas qu'une simple étiquette ayant pour seule vocation d'accélérer le renouvellement des manuels de langues.
Cet ouvrage aborde la question de la compétence en didactique des langues avec la volonté de garder un équilibre entre approche théorique et approche pratique. Aussi deux parties sont-elles
consacrées à l'aspect théorique :
- une première partie, intitulée: « D'un constat de flou terminologique à un nécessaire historique de la notion de compétence », porte sur les évolutions historiques de la notion de compétence dans les divers disciplines scientifiques ou domaines sociaux qui y ont eu recours, avec toutefois une focalisation particulière sur la didactique des langues ;
- une seconde partie, intitulée : « Le Cadre européen commun de référence pour les langues : reconduction du Communicatif ou émergence d'un nouveau paradigme méthodologique? », écarte tout d'abord, d'une manière argumentée, une lecture du Cadre comme continuation du Communicatif, lecture promue actuellement par certains didacticiens, pour ensuite mettre en évidence dans le Cadre, en prenant principalement appui sur la notion de compétence développée dans le monde du travail, l'existence, certes embryonnaire, d'un nouveau paradigme méthodologique articulé autour de l'action ancrée socialement : la Perspective actionnelle.
- enfin, une troisième partie se veut plus pratique. Intitulée : "Implications didactiques et méthodologiques", elle ouvre un certain nombre de chantiers méthodologiques (notamment autour de la tâche, du projet, de la séquence didactique) dont la réalisation est nécessaire pour que la Perspective actionnelle passe d'un stade encore actuellement largement programmatique au statut de méthodologie constituée. (Introduction, pp. 6-7)
Je partage ce constat et ce projet de Jean-Jacques Richer, et je ne peux donc que me féliciter de la parution de cet ouvrage.
mar.
17
avril
2012
Réflexions épistémologiques à propos d'un compte rendu de recherche sur l'altruisme politique et l'engagement protestataire
Je viens de lire le compte rendu de recherche suivant (disponible en ligne, consulté lel17 avril 2012) :
Florence Passy, "Pourquoi s'engager pour les autres? Étude comparée de l'altruisme politique et de l'engagement protestataire", UNIL Université de Lausanne, Institut d'études politiques et internationales (IEPI), Rapport final FNS, Projet 100017-122246, janvier 2012, 16 p.
Ce compte rendu de recherche m'a particulièrement intéressé pour trois raisons :
1) Il me fournit une nouvelle illustration, cette fois en sociologie, du moment particulier que nous vivons dans les Sciences humaines, où le chercheur ne se propose plus tant de rechercher quel est le bon paradigme, que de voir sous quelles conditions, dans quels cas, tel ou tel paradigme est le plus adéquat, voire quels paradigmes différents s'adaptent mieux à quels aspects différents du même objet/de la même problématique, en considérant par conséquent que des paradigmes peuvent être à la fois opposés et complémentaires (ce qui est l'une des grandes idées de la pensée complexe).
Voici deux passages (développant la même idée) qui me paraissent particulièrement parlants à ce propos :
Le paradigme individualiste et le postulat dualiste divisent le genre humain en deux groupes: des individus motivés par la satisfaction de leurs intérêts et des individus motivés par la satisfaction des intérêts des autres. Cette conception définit un monde divisé entre des gens égoïstes d'un côté et, de l'autre, des altruistes qui négligent leurs intérêts et se sacrifient pour autrui. La thèse du pluralisme motivationnel met en avant que des motivations à la fois tournées vers soi et vers les autres est le propre du comportement humain. Nos analyses des militants altruistes soutiennent la thèse du pluralisme motivationnel : c'est à la fois des motivations d'ordre privé et des motivations d'ordre altruiste (et d'ordre idéel) qui les conduit à agir (Passy et Monsch 2011f; Passy et Monsch 2011a,b,c,d). Par ailleurs, nos analyses montrent qu'aucun de ces militants, ni même les militants de Greenpeace et de Unia, ne se sont engagés que pour satisfaire leurs seuls intérêts privés (Passy et Monsch 2011f; Passy et Monsch 2011a,b,c,d,e,f). (p. 10)
Les militants altruistes ne sont ni des saints uniquement orientés vers la satisfaction des biens d'autrui mais des personnes qui dans certains actes de leur vie se préoccupent d'autrui, de leurs droits et de leurs biens êtres [sic], et dans de nombreux autres comportements défendent leurs intérêts individuels. (p. 11)
Ces deux passages m'ont fait immédiatement penser à la thèse que défend Bernard LAHIRE dans son ouvrage de 1988, au titre explicite : L'homme pluriel (Paris : Nathan).
Je pense avoir montré que cette position épistémologique que l'on trouve chez la rédactrice de ce compte rendu de recherche est aussi celle qui est la plus pertinente en didactique des langues-cultures : je renvoie mes lecteurs en particulier aux Documents 016 et Document 017 en Bibliothèque de travail (qui présentent des modèles cognitifs complémentaires en DLC dont certains s'appuient sur des paradigmes scientifiques opposés), et aux chapitres 3.2, 3.3 et 3.4 du Dossier n° 3 ("Modèles, théories et paradigmes) de mon cours en ligne "La didactique des langues-cultures comme domaine de recherche".
http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/016/
http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/017/
On pourra relire aussi sur cette même nécessité, pour traiter la complexité, de faire jouer des modèles opposées de manière complémentaire, le texte intitulé "A propos de 'la leçon dite 'd'adieu' d'André Giordan"... et des modèles cognitifs d'apprentissage en DLC", texte que j'ai posté sur mon Blog-Notes à la date du 18 janvier 2012.
2. Ce compte rendu de recherche traite de l'engagement et du militantisme, et, précisément sans doute parce qu'il s'agit là fondamentalement d'action, le concept de "représentation/ se représenter" n'y est jamais utilisé. On y trouve seulement les concepts de "carte mentale/cognitive", "monde mental/cognitif", "cognitions", "éléments cognitifs", "dispositions cognitives et motivationnelles". Ainsi dans le passage suivant :
Cette partie de la recherche qui analyse spécifiquement les cognitions des militants a montré l'importance du monde mental des acteurs pour s'engager dans l'action altruiste (self-extension) mais aussi dans l'engagement protestataire quelle que soit l'orientation altruiste ou non de la mobilisation. Elle a montré que la carte mentale des acteurs définit l'espace du possible comportemental et est donc une condition sine qua non de l'action (Passy et Monsch 2011a,b,c,d,e ; Passy et Monsch 201lf ; Monsch et Passy 2011g). (p. 9)
Le concept de "représentation" est absent même dans des contextes où je suis persuadé que la plupart des didacticiens français s'attendraient à le voir apparaître. Comme dans le passage suivant :
Que veut dire une identité de soi extensive? L'analyse du matériau qualitatif récolté auprès des militants qui s'engagent pour défendre les droits des migrants met en évidence premièrement qu'ils conçoivent l'autre avant tout comme des êtres humains, et ils s'incluent dans cette définition de l'humanité: « nous sommes tous les mêmes », « nous sommes avant tout tous des êtres humains », etc. Cette perception de l'autre passe par une compréhension essentialiste de l'autre et de l'humain.
Ce compte rendu de recherche ne peut me conforter dans l'idée que ce n'est pas le concept de "représentation" qui est le plus adapté à la composante spécifique de la compétence culturelle mobilisée dans la perspective actionnelle, mais celui de conception. Il serait donc à verser comme un autre exemple de validation de cette composante dans mon article de 2011(j) intitulé "Modèle complexe de la compétence culturelle (composantes historiques trans-, méta-, inter-, pluri-, co-culturelles) : exemples de validation et d’application actuelles".
http://www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/2011j/
Sur la critique du concept de "représentation", devenu à mon avis une gêne pour l'analyse et l'interprétation didactique a force d'être utilisé depuis trois décennies pour désigner tout et n'importe quoi, je renvoie mes lecteurs, sur le Blog-Notes de mon site, à mon texte intitulé "Les 'représentations', un concept de plus en plus fumigène", en date du 4 mai 2011.
http://www.christianpuren.com/2011/05/04/les-représentations-un-concept-de-plus-en-plus-fumigène/
3. Le dernier extrait ci-dessus de ce compte rendu de recherche ("Que veut dire... de l'autre et de l'humain") montre l'importance qu'il y a, pour l'action sociale, de se référer à des valeurs universelles. Celles-ci correspondent pour moi à une autre composante de la compétence culturelle, la composante "transculturelle". Comme je le redis en particulier dans mon article de 2011(j) cité supra, le vivre ensemble et le travailler ensemble n'exigent pas seulement de respecter les différences (composante interculturelle), mais de créer des ressemblances pour l'action (composante co-culturelle) et de partager d'autres ressemblances au-delà des enjeux de l'action conjointe dans son environnement donné (composante transculturelle, celle des valeurs humanistes.
Christian Puren, 17 avril 2012
lun.
16
avril
2012
Disponible sur un site académique français : un dossier sur l'approche par compétences dans l'enseignement scolaire
Le Café pédagogique du 16 avril 2012 signale sur le site de l'académie de Poitiers un dossier sur l'approche par compétences dans l'enseignement scolaire français, élaboré par Céline Teillet, qui semble très complet, avec toute une série de liens complémentaires. Ce dossier, publié le 14 avril 2012, est intitulé "Échanges de pratiques sur le travail et l’évaluation par compétences. Des pistes pédagogiques sur l’approche par compétences élaborées lors d’une mutualisation de pratiques organisée par la mission Travail et Evaluation par Compétences". En voici le sommaire, correspondant aux "questions récurrentes"
1. Comment mettre en synergie les compétences, les niveaux des classes et les programmes ?
2. Quel type d’activité proposer pour construire des compétences ?
3. L’approche par compétences permet-elle de répondre à l’hétérogénéité de nos classes ? Si oui, dans quelle mesure ?
4. Pratiquer l’approche par compétences, qu’est-ce que ça change pour l’enseignant dans sa classe ?
5. Élaborer une activité permettant de construire des compétences chez l’élève.
6. Changer de posture professionnelle : comment élaborer une séance de cours ?
7. Évaluer une compétence
Ce dossier ne concerne pas seulement les langues, mais toutes les disciplines scolaires. Mais c'est précisément ce qui en fait son intérêt en didactique des langues-cultures, que de pouvoir fournir des points de comparaison intéressants.
On constate par exemple qu'alors que l'approche par compétences est utilisée dans les langues pour un travail plus analytique sur les différentes activités langagières prises isolément (CE, CO, EE, etc.), et appélées pour l'occasion "compétences", elle est mise en oeuvre, dans les autres matières scolaires, pour un travail plus global sur une "tâche complexe".
L'un des articles que j'ai en préparation porte sur cette conception de l'approche par compétences en langues, sur laquelle je suis personnellement très critique (voir déjà, sur ce site, mon article 2010h. "A propos des groupes de compétences").
mer.
18
janv.
2012
A propos de "la leçon dite 'd'adieu' d'André Giordan"... et des modèles cognitifs d'apprentissage en DLC
"La leçon dite 'd'adieu' d'André Giordan"
(consultation 18 janvier 2012)
Je vous conseille la lecture de ce bilan que ce professeur de didactique et épistémologie des sciences à l'Université de Genève tire au moment de son départ à la retraite, et qui est un monument
de lucidité et de modestie scientifiques.
J'y ai lu avec grand intérêt ses propos sur la difficulté de changer l'enseignement secondaire en Suisse romande et en France (il parle même de "régression"...), et sur les
résistances à la réflexion et l'innovation pédagogiques à l'université (même dans sa propre université, pourtant internationalement connue pour ses recherches et ses formations en pédagogie !).
Je me suis intéressé depuis longtemps à son modèle "allostérique" de l'apprentissage. Il y fait seulement allusion dans cette intervention. On trouvera une définition plus précise dans l'ouvrage
qu'il a rédigé en collaboration avec Gérard de Vecchi: Les origines du savoir. Des conceptions des apprenants aux concepts scientifiques (Lausanne-Paris, Delachaux et Niestslé, 1994, 1e
éd. 1987, 215 p.). Extraits :
« Allostérique » : « mot habituellement utilisé pour qualifier certaines molécules du monde vivant, qui se transforment totalement, en se réorganisant, lors de l’adjonction de nouveaux atomes
ou ions. » (note 5 p. 209) (...)
Penser qu’une « bonne explication bien claire », sur laquelle on insiste tout particulièrement, est satisfaisante pour transformer une conception initiale, s’avère donc une idée relativement
simpliste. (...) Cette pratique ne tient pas compte du fait que, comme nous l’avons vu, un concept ne s’apprend pas en une fois, il s’affine progressivement. De plus, il faut aussi prendre en
compte l’idée qu’une notion n’est jamais isolée, mais en relation avec d’autres qui évoluent en même temps qu’elle. (p. 168) (...)
D’où l’hypothèse que nous formulons : plutôt que de vouloir radicalement démanteler les conceptions fausses, nous préférons envisager des représentations qui « évoluent » ou qui « se
modifient ». L’hypothèse issue des idées de Bachelard nous semble donc trop forte. Un savoir neuf ne détruit pas le modèle préexistant mais, le plus souvent, l’oblige à s’adapter, afin
que cette nouvelle structure puisse intégrer la connaissance supplémentaire. (p. 169)
Ces quelques citations peuvent être complétées, sur son site personnel, par la lecture de son article "Des modèles pour comprendre l'apprendre : de l'empirisme au modèle allostérique" (consultation 18 janvier 2012).
Ce modèle "allostérique" de l'apprentissage implique que les modèles empiristes (basés sur l'imprégnation et la mémorisation), béhavioriste (par montage d'automatismes) et constructiviste (l'apprenant construit son propre savoir par étapes et réorganisations successives) ont tous leur efficacité, chacun dans certains cas. Ce modèle "allostérique" m'intéresse depuis longtemps parce que j'y ai retrouvé l'idée, à laquelle j'étais parvenue de mon côté en didactique des langues-cultures, que les modèles cognitifs didactiques (d'enseignement-apprentissage) non seulement peuvent mais doivent être pluriels et qu'ils doivent fonctionner de manière à la fois complémentaire et opposée, contrairement aux théories cognitives de l'apprentissage, qui forcément s'excluent les unes les autres.
En application de cette idée - qui relève de cette épistémologie de la complexité que l'on retrouve aussi chez Edgar Morin, qui parle de "l'union des contraires", et bien plus tôt encore dans les
"antagonismes" de Stéphane Lupasco - André Giordan considère que le modèle de la transmission (celui mis en oeuvre dans un cours magistral en amphithéâtre, par exemple) peut être très
efficace si les contenus sont attendus et compris ; ou encore l'idée que l'apprentissage par résolution de problèmes ou par essais-erreurs a son intérêt, mais ne peut suffire. Le principal
intérêt de ce modèle, à mes yeux, c'est qu'il rejoint le bon sens des enseignants...
Bref, André Giordan pense que le seul modèle mauvais est le modèle unique: "L’enseignement, la médiation de savoirs en général, n’est donc pas quelque chose de simple et d’évident. Et c’est un
leurre de croire qu’il existerait une méthode valable pour tous les apprenants et tous les moments." ("Apprendre, comprendre, s’approprier le savoir", consultation 18 janvier 2012).
Ces mots me rappellent fortement ces lignes d'un partisan de l'éclectisme méthodologique, A. Pinloche, qu'il rédige en pleine polémique entre traditionnalistes et partisans de la méthodologie
directe, dans les années 1900, et que j'ai eu l'occasion de citer à plusieurs reprises dans mes propres articles, tant elles me semblent justes et toujours d'actualité :
Il n'y a pas et il ne peut y avoir en pédagogie de système absolu. Ce qu'il y a donc à faire si l'on veut avancer, c'est de chercher de bonne foi, expérimentalement et non théoriquement, ce
que peut donner chaque procédé suivant les indications du moment et le terrain, au fur et à mesure de l'évolution psychologique de l'élève, puis de ne pas hésiter à reconnaître le moment où il
cesse d'être utile et peut même commencer à devenir nuisible. Et alors, au lieu de se priver obstinément des bienfaits de l'un ou l'autre de ces procédés, n'est-il pas tout indiqué, au contraire,
de les combiner en vue du maximum possible de rendement ? Les procédés de la méthod[ologie] directe ne sauraient échapper à cette loi. Ils ont, comme tous les autres, leur valeur relative et
leurs indications utiles, et par conséquent aussi leur limite d'efficacité. (Des limites de la méthode directe, Paris, Belin 1909, 16 p.)
Je me retrouve pleinement en accord avec A. Pinloche comme avec A. Giordan sur ce point capital. Je considère que le principe éclectique vaut par exemple en didactique des langues-cultures pour
les trois domaines suivants :
(1) les modèles cognitifs d'enseignement-apprentissage : cf. sur mon site, en "Bibliothèque de travail", le Document 016 "Evolution
historique des modèles cognitifs d'activités d'enseignement-apprentissage des langues en didactique des langues-cultures" et le Document 017 "Instances
cognitives d’enseignement-apprentissage. Modèle 'RIMERAI'" ;
(2) les méthodologies constituées actuellement disponibles : la "méthodologie des documents authentiques" (telle qu'elle a été élaborée au départ par la "méthodologie active" des
années 1920 à 1960), l'approche communicative, les dites "didactiques du plurilinguisme" (en ce qui concerne leurs orientations méthodologiques) et la perspective actionnelle ;
(3) les oppositions de méthodes (ce terme pris dans le sens d'"unités minimales de cohérence méthodologique") : cf. sur mon site, en "Bibliothèque de travail", le Document 008 "Tableau des oppositions méthodologiques fondamentales".
Concernant l'épistémologie de la complexité, dont relève le modèle allostérique d'André Giordan, cf. sur mon site, en "Bibliothèque de travail", le Document
015 "Théories externes versus modélisations internes (Morin-Rorty)" et le Document 046 "Les composantes de la
complexité".
Sur le même site personnel d'André Giordan, on pourra aussi lire un autre article intéressant directement la perspective actionnelle, intitulé "L’agir et le faire" (consultation 18 janvier 2012). On y retrouve cette idée de pluralité nécessaire des
modes d'apprentissage, et donc d'enseignement, parce que tout modèle a ses limites, et que part conséquent toute application exclusive d'un seul modèle a ses effets pervers, ce qui vaut aussi, je
pense, pour l'approche actionnelle :
Malheureusement, une pédagogie de l’action seule reste le plus souvent stérile. L’action est incontestablement un passage obligé. Par contre, on ne peut l’envisager, même pour les plus jeunes
comme une réponse, même partielle, aux maux actuels de l’enseignement. Toutes les évaluations montrent très vite ses limites. Elle n’a d’intérêt que par rapport à un projet de l’élève,
l’appropriation d’un savoir doit répondre à un besoin. Le monde extérieur n'enseigne pas directement à l'individu ce qu'il est censé apprendre. L'individu doit créer du sens à partir de
l'environnement. L'activité prend un sens en fonction des conditions dans lequel se trouve l'organisme et en fonction de son histoire. L’action pour l’action peut même être préjudiciable,
elle décourage tout autant les élèves que les pédagogies frontales. De plus, l’action pour être formatrice doit s’accompagner d’un ensemble d’autres caractéristiques inhérentes à l’acte
d’apprendre. L’action doit prendre appui sur des relations d’expression, d’écoute et d’échange. Celles-ci passent par des phases de confrontation, de mise en relation et de production de
significations.
La difficulté principale que rencontre toujours l’apprenant est de se décentrer de sa propre action. Pour réussir une action, l’apprenant doit en comprendre les finalités. De plus, il n’est
pas toujours nécessaire que l’enfant agisse réellement sur le concret. Ce qu’il importe avant tout, c’est que son cerveau soit actif... (...)
L’activité à l’école doit donc se rapprocher le plus possible de situations réelles. Les dangers réels qu’elle comporte, les désirs de réaliser quelque chose, aiguiseront l’attention de l’apprenant et activeront sa volonté de réussir. Bien sûr, cet environnement doit rester protégé de façon que les échecs éventuels ne soient pas trop coûteux. Heureusement, la curiosité ou le jeu peuvent devenir des mobiles puissants. Il y a donc à rechercher pour chaque âge les intérêts profonds qui habitent l’individu et l’excitent à l’action.
Il ajoute : "Apprendre, c’est se questionner", passant en revue dans la suite de cet article une série d'autres définitions de l'apprendre, qu'il développe successivement :
- Apprendre, c’est se confronter à la réalité.
- Apprendre, c’est s’exprimer.
- Apprendre, c'est argumenter.
- Apprendre, c’est mettre en réseau.
Alors, un grand merci à André Giordan, à qui je souhaite une retraite... encore longtemps active !
Christian Puren18/01/2012
dim.
08
janv.
2012
Mise en ligne d'un article-compte rendu : "Perspective actionnelle et formation des enseignants : pour en finir avec le CECR"
Bonjour,
Je viens de publier le texte suivant:
2012b. "Perspective actionnelle et formation des enseignants : pour en finir avec le CECR". À propos de : ROBERT Jean-Pierre, ROSEN Évelyne, REINHARDT Claus, Faire classe en FLE. Une approche actionnelle et pragmatique (Paris : Hachette-FLE, 2011, 192 p.). Article-compte rendu par Chistian PUREN. Publication exclusive pour le site www.christianpuren.com, janvier 2012.
Présentation
(début de l'Introduction générale)
Le titre du présent article (« Perspective actionnelle, éclectisme et formation des enseignants : pour en finir avec le CECR) est directement inspiré du projet annoncé par les auteurs de Faire
classe en FLE (désormais FCFLE) en quatrième de couverture :
À l’heure du CECR, faire la classe en FLE implique d’organiser et de gérer un quotidien actionnel. L’objectif du présent ouvrage est de fournir à l’enseignant, dans cette optique, des approches pragmatiques directement applicables en classe.
Ce titre est volontairement provocateur : mes lecteurs auront compris que contrairement à ce que laissent entendre les auteurs de FCFLE sur leur quatrième de couverture, je défendrai l’idée que l’heure du CECR est largement passée en didactique des langues-cultures, après toute la décennie 2000 qu’il a largement occupée. J’ai déjà soutenu cette idée dans mon article 2011(e), et je l’ai reprise tout récemment dans un autre compte rendu d’ouvrage (2012a, Bruno MAURER, Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante) :
Sur la question de la perspective actionnelle, ce sont même tous les commentaires [sur le CECR] qu’il faut arrêter, parce que les ambigüités et les confusions de ce texte y sont structurelles et ne peuvent donc y être levées, et qu’elles constituent dorénavant une gêne pour la réflexion didactique et un frein pour l’évolution de la discipline.
J’illustrerai cette idée en particulier en montrant les limites que s’imposent à eux-mêmes les auteurs de FCFLE :
a) en ne se détachant pas suffisamment, à mon avis, du « Cadre Européen commun » alors même que pour leur projet d’ouvrage de formation pragmatique il ne peut être… « de référence » ;
Le CECR propose bien des « options » et des « pistes » méthodologiques (dans ses chapitres 2, 6 et 7), mais il se refuse à toute prise de position en la matière (cf. infra la citation au début de
l'Introduction du Chapitre 4). Les didacticiens ne peuvent que s’en féliciter, qui sont, de par la nature et la fonction mêmes de leur discipline, réfractaires à toute normativité méthodologique.
Les auteurs du CECR n’avaient pas encore les moyens de seulement commencer à tirer les implications méthodologiques de l’impulsion première qu’ils donnaient à la perspective actionnelle en
déterminant comme ils le font la nouvelle situation sociale de référence (la société multilingue et multiculturelle) et le nouvel objectif social de référence (la formation d’un « acteur social
»). Ils opèrent bien de facto un passage du paradigme de la communication au paradigme de l’action – tous les concepts clés du Cadre : compétence, contexte, activité langagière, texte, domaine,
stratégie et bien sûr tâche sont ainsi définis par rapport à l'action (cf. pp. 15-16) –, mais ils ne parviennent pas à se détacher de l’approche communicative, dont ils conservent l’essentiel des
orientations… et de la terminologie.
b) et en se limitant pour illustrer leurs propositions méthodologiques – et du coup aussi en amont pour repérer des formes nouvelles de mise en œuvre concrète de la perspective actionnelle – à
des manuels publiés par l’éditeur de leur ouvrage (...)
Il s’agit donc en fait d’un « article-compte rendu » : l’ouvrage FCFLE est en partie pour moi un prétexte pour faire le point sur la perspective actionnelle dix ans après la publication du CECR.
dim.
01
janv.
2011
Mise en ligne du compte rendu de Bruno MAURER : "Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante" (2011)
Bonjour,
Je viens de mettre en ligne le texte suivant:
2012a. Compte rendu de lecture… et de relectures personnelles : MAURER Bruno, Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante. Paris : Éditions des archives contemporaines, 2011, 156 p.
Résumé
Ce texte rend compte de l’ouvrage de Bruno MAURER, dont le vrai titre est le second : Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante. L’auteur de l’ouvrage y développe, avec de solides arguments et des citations très éclairantes, une critique en règle de l’orientation actuelle du Conseil de l’Europe – déjà présente dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, mais qui s’est renforcée depuis –, celle d’un enseignement-apprentissage des langues instrumentalisé au service exclusif d’une « éducation plurilingue et interculturelle ». L’auteur du compte rendu, Christian PUREN, accompagne d’extraits de ses propres articles la dénonciation de l’absence de débat démocratique et scientifique qui caractérise les travaux et publications de cette institution, ainsi que l’exigence d’un moratoire nécessaire pour évaluer concrètement sur le terrain les résultats des expérimentations déjà réalisées. Tous deux partagent les mêmes craintes concernant les effets pervers de cette orientation : minoration des compétences linguistiques dans l’apprentissage des langues, du rôle de l’école dans le développement des compétences en langues, du linguistique dans la formation des enseignants.
lun.
05
déc.
2011
Un courrier dénonçant la situation des enseignants français de FLE à l'étranger
Un enseignant de FLE à l'étranger a posté le 26 novembre dernier sur ce site, dans le forum destiné au Français Langue d'Intégration le message suivant, où il m'interpellait, comme on le verra, de manière vigoureuse. Avec son accord, j'ai déplacé son message (anonymisé) ici sur mon Blog, où il est plus à sa place et où il trouvera sans doute plus de lecteurs.
Pour avoir travaillé longtemps à l'étranger, et pour m'y rendre encore très souvent, je sais que la situation qu'il décrit n'a rien d'exceptionnel, que, comme il l'écrit, "bon nombre
d'enseignants diplômés et expérimentés FLE dans le réseau culturel du MAE" pourraient malheureusement contresigner ce texte. Même si j'ai rencontré aussi des profs de FLE heureux, je pense comme
lui que la situation qu'il décrit est assez fréquente pour que les étudiants de FLE en France qui veulent se lancer dans une carrière à l'étranger en soient informés, de manière à s'y lancer en
toute connaissance de cause.
Je remercie William CHARTON, qui s'occupe de la dimension FLE ainsi que plus largement des non titulaires au sein de l'intersyndicale de l'enseignement supérieur, de m'avoir fourni les adresses
suivantes de sections syndicales, qui peuvent se révéler utiles aussi bien pour ces étudiants que pour les enseignants déjà à l'étranger:
- Pour le MAE : - SUPMAE-FSU http://mae.fsu.fr/ - CGT MAE http://www.cgt-mae.org/
- Pour les expatriés : http://etranger.sgen-cfdt.org
- Pour la formation professionnelle : - sudfle@gmail.com http://sudfpa.lautre.net - SNPF CGT Formation : http://www.formation-privee-cgt.org/
- Pour les enseignants FLE de l'enseignement supérieur français et des écoles françaises à l'étranger : SNESUP FSU ANT, 78, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 PARIS courriel :
non-fonctionnaires@snesup.fr, tél : 01 44 79 96 13
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S'offusquer pour le référentiel FLI, c'est bien. Prendre parti pour défendre le FLE, c'est encore mieux.
Savez-vous, Monsieur Puren, vous qui avez laissé votre nom dans la discipline dans quel état de déliquescence se trouve cette chère profession d'enseignant de français langue étrangère ?
Savez-vous, Monsieur Puren, dans quelles conditions calamiteuses sont embauchéstous les professionnels du FLE à l'étranger et en France pour faire enfin reconnaître leur profession malgré
toute l'indifférence et le mépris qu'on leur "jette" à la figure ?
Probablement pas, sinon, vous auriez écrit un article sur votre blog ou vous seriez intervenu dans les médias lors de la semaine de la francophonie, par exemple ...
Alors, une petite piqûre de rappel des conditions de travail de bon nombre d'enseignants diplômés et expérimentés FLE dans le réseau culturel du MAE (Instituts et Alliances) :
* Statut de vacataire pour 90 % des enseignants recrutés localement avec des contrats signés chaque année sans aucune garantie du maintien de leur volume horaire de cours :
DÉVALORISATION
* Titularisation ou mensualisation extrêmement rare dans la majorité des établissements (en moyenne, création d'un poste à temps plein tous les 5 ans) : MÉPRIS
* Politique de recrutement et gestion du personnel obscure où les enseignants diplômés de FLE et expérimentés sont mis en concurrence avec les femmes de "..." (directeurs de grandes
entreprises françaises), les étudiants des grandes écoles en échange universitaire désireux d'améliorer leurs fins de mois ou des enseignants de l'EN (professeurs de mathématiques, d'histoire, de
philosophie, ...) venus goûter l'appel du large ... : COPINAGE
* Rémunération "fluctuante" des vacataires calculée au prorata des étudiants présents dans la classe (5-6 étudiants = 8 euros de l'heure / 7-9 étudiants = 10 euros de l'heure / 10-14
étudiants= 14 euros de l'heure) , ce qui crée un climat malsain de concurrence entre les enseignants. : EXPLOITATION
* Aucune valorisation salariale en fonction des diplômes (Bac + 4 minimum), de l'ancienneté et des résultats des enseignants : PRÉCARITÉ
* Disparité des salaires des directeurs nommés par le Ministère des Affaires Étrangères et qui ont EUX le statut d’expatrié avec tous les avantages que cela représente à savoir des droits en
France, des salaires pouvant atteindre les 5000 euros/mois + avantages en nature : INDÉCENCE
* Aucune prestation sociale, aucune assurance chômage, aucune prise en charge du coût des transports, aucune cotisation retraite versées aux vacataires, les laissant à moyen et long terme
dans une situation administrative inextricable : MALVERSATION
* Aucune revendication syndicale possible face à la gestion des ressources humaines humiliante et méprisante soutenue par le service culturel de l'ambassade et son attaché culturel qui nie la
souffrance et la désespérance des enseignants et qui vend à ces derniers la vacation comme seul horizon professionnel : IMPUNITÉ
La liste est longue et pourrait continuer ainsi pendant longtemps. La francophonie "en perte de vitesse" partout dans le monde peut-elle se passer de personnels qualifiés et compétents ?
Peut-elle continuer à vivre sur le mépris de ses principaux acteurs de diffusion ? Peut-elle continuer à scier la branche sur laquelle elle est assise ?
Nous sommes beaucoup à "jeter l'éponge" par faute de reconnaissance, de valorisation salariale et de réelles perspectives d'évolution auquel vient s'ajouter un mépris "quasi total" de notre
diplôme et de nos expériences en cas de retour en France.
Alors, si vous pouviez relayer cet état de fait lors d'une de vos chroniques, nous serions plus d'un dans le monde à vous remercier pour ce geste.
Puis-je compter sur vous ?
Un enseignant "vacataire" de FLE dans le réseau culturel du MAE en Asie
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mar.
15
nov.
2011
Mise en ligne de l'"Appel à débat" de l'Équipe FLI (Français Langue d'Intégration)
À la demande de l'Équipe FLI (Français Langue d'Intégration), soumise depuis quelques jours non seulement à des critiques admissibles, mais à des attaques aussi injustifiées qu'outrancières, j'ai hébergé ce soir sur mon site leur "Appel à débat" ainsi que la liste des premiers signataires de cet appel (dont je fais partie) et un Forum qui aidera, je l'espère, à passer d'une polémique initiée à coups de motions, dénonciations indignées dans la presse et autres pétitions en ligne, à un débat sérieux et responsable.
Si j'ai hébergé cet appel, c'est aussi parce qu'au-delà de son aspect "franco-français", cette affaire pose des questions de fond pour lesquelles la didactique des langues-cultures (DLC) se doit
d'apporter, sinon des réponses (qui relèvent du politique), du moins des outils de réflexion et de décision. Ces questions concernent en particulier:
- la place, en formation des enseignants, de la spécialisation professionnelle par rapport à une formation générale à la DLC ;
- la responsabilité des chercheurs universitaires, d'une part, et des "professionnels de terrain", d'autre part, dans la conception et la mise en oeuvre de la formation professionnelle ;
- le projet que peut proposer ou imposer un pays d'immigration - en l'occurence la France - aux nouveaux arrivants destinés à s'installer définitivement sur son sol ; on peut situer ce projet sur le continuum juxtaposition -> insertion -> intégration -> assimilation, avec les niveaux d'exigence différents que cela implique de la part du pays d'accueil en termes de maîtrise de sa langue nationale, de respect de ses normes culturelles du "vivre ensemble" ainsi que d'adhésion tant aux valeurs de sa culture que de celles qu'il considère comme universelles.
Christian Puren
sam.
29
oct.
2011
Parution d'un ouvrage sur la mise en oeuvre de la perspective actionnelle en classe de FLE
Je viens de recevoir, en "Hommage de l'auteur", l'ouvrage suivant:
ROBERT Jean-Pierre, ROSEN Evelyne, REINHARDT Claus, Faire classe en FLE. Une approche actionnelle et pragmatique, Hachette français langue étrangère, "Collection F", 2011, 192 p.
Je reproduis ci-dessous la 4e de couverture:
A l'heure du CECR, faire la classe en FLE implique d'organiser et de gérer un quotidien actionnel. L'objectif du présent ouvrage est de fournir à l'enseignant, dans cette optique, des approches pragmatiques directement utilisables en classe.
Comment organiser un cours ? Que faut-il entendre par projets d'apprentissage, projet d'enseignement et projets pédagogiques ? Comment gérer les tâches et les activités ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage répond en proposant de nombreuses illustrations articulant étroitement théories didactiques actuelles et pratiques de classe.
Je ferai dès que possible un compte rendu de cet ouvrage, dont l'ambition dépasse la simple mise en oeuvre de la perspective actionnelle en classe de langue, puisque, selon les auteurs, "il se présente comme un authentique traité de pédagogie contemporaine" (p. 7). Je suis pour ma part intéressé à voir comment les auteurs intègrent la perspective actionnelle avec les trois grandes autres orientations didactiques actuellement disponibles - l'approche communicative, la didactique du plurilinguisme et la méthodologie des documents authentiques - dans un ensemble qui doit forcément être réorganisé de manière à la fois cohérente et souple.
lun.
12
sept.
2011
Publication de l'ouvrage de Bruno MAURER "Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante" (2011)
L'auteur, Bruno MAURER, vient de me signaler la parution de son ouvrage Enseignement des langues et construction européenne. Le plurilinguisme, nouvelle idéologie dominante, Editions des archives contemporaines, Collection "n/a", 2011.
Sur le site de l'éditeur, où l'on peut commander l'ouvrage, on peut lire le texte suivant de présentation:
A fin des années quatre-vingt-dix, le Cadre européen commun de référence proposait à l’enseignement des langues deux perspectives : perspective actionnelle et didactique du plurilinguisme.
Dix ans après, on dispose d’assez d’éléments pour dresser un bilan critique de l’évolution de l’enseignement des langues sous l’influence du Conseil de l’Europe.
Le premier constat est que didactique du plurilinguisme et didactique des langues ne sont pas synonymes et pourraient même être antinomiques. Avec l'éducation plurilingue et interculturelle,
il ne s'agit plus en réalité d'enseigner les langues, mais de construire de toutes pièces l'identité du futur citoyen européen. L’examen des compétences visées, des dispositifs de formation des
enseignants, des curriculums montre que les aspects linguistiques sont considérablement minorés. Dans le même temps, le rôle de l’institution scolaire dans l’enseignement des langues et la
professionnalité d’enseignant de langue sont profondément remis en question.
Ces mutations très profondes s’opèrent pourtant sans bruit : c’est que le plurilinguisme fonctionne comme nouvelle idéologie dominante, se présentant comme un horizon désormais indépassable.
Un examen minutieux des textes de référence de l’éducation plurilingue et interculturelle permet de démonter les mécanismes de cette domination.
Pourquoi l’Europe s’intéresse-t-elle tellement à l’enseignement des langues ? Au service de quel projet politique celui-ci est-il enrôlé ? Si la critique se fait politique, c’est parce que
l’enseignement des langues est aujourd’hui partie prenante d’un projet politique dont chercheurs et enseignants ignorent largement les enjeux… alors qu’ils sont invités à le développer et à le
mettre en œuvre.
Étant donné le peu de critiques adressées à la politique européenne des langues, qui fait l'objet de célébrations presque unanimes (mes "questions impertinentes à propos d'un Cadre Européen commun de révérence" restent malheureusement une exception...), je ne peux avant même de le lire que recommander cet ouvrage, qui paraît en outre à point nommé quelques semaines après la mise en ligne du Dossier n° 8 de mon cours, dans lequel j'aborde en particulier la question de l'idéologie en didactique des langues-cultures. Je me propose d'en faire un compte rendu dès que possible.
Christian Puren
jeu.
02
juin
2011
Annonce de la publication en ligne d'une thèse intéressant la perspective actionnelle
Maria-Alice MEDIONI: "Situations d'apprentissage et activité des élèves en langues vivantes étrangères. Analyse d'une mise en situation en espagnol". Université Paris 8, 20 octobre 2009)
L'intérêt de cette thèse est, me semble-t-il, d'aborder la question centrale de la perspective actionnelle - la relation entre les activités proposées aux élèves ("tâches finales" ou "projets") et l'activité d'apprentissage -, et de le faire sous un angle d'analyse quelque peu différent de celui de la discipline "didactique des langues-cultures", l'auteure s'inscrivant prioritairement dans les Sciences de l'éducation et dans les orientations du mouvement pédagogique où elle milite depuis longtemps, le Groupe Français d'Education Nouvelle (GFEN), en particulier son "Secteur Langues".
Elle est amenée à traiter ainsi de questions qui se posent fortement dans la mise en oeuvre de la perspective actionnelle en didactique des langues-cultures, mais que cette discipline a peu étudiées jusqu'ici faute d'outils spécifiques, telles que celles de la négociation et du contrat didactique, de la perception de la tâche par les élèves et des activités métacognitives, ou encore du passage de la motivation à la "mobilisation".
Pour la mise en oeuvre de la perspective actionnelle dans l'enseignement scolaire, l'une des conclusions principales que tire l'auteure de sa recherche mérite assurément qu'on s'y arrête, pour sa valeur de mise en garde éthique à l'adresse des enseignants :
Cette recherche nous a permis de vérifier l'importance de la tâche mais aussi des risques d'une trop grande focalisation sur la seule exécution au détriment d'une compréhension des enjeux d'apprentissage et d'attitudes d'appropriation du savoir qui requièrent des procédures mentales dont la mise en œuvre n'est pas automatique mais plutôt socialement différenciée.
Christian Puren
Lien de téléchargement de cette thèse et de ses annexes.
mar.
24
mai
2011
Réponse à la "Lettre d'un enseignant écoeuré" (Le Nouvel Observateur, 20/05/2011)
Une collègue m'a signalé la publication le 20 de ce mois, sur le site du Nouvel Observateur, d'une "Lettre d'un enseignant écoeuré" signée de Jean d'Agnan, professeur de lycée.
La plus grande partie de cette lettre est consacrée au bilan "absolument catastrophique" des groupes de compétences, qui ont été imposés aux enseignants de langues de cet établissement par
l'inspection et l'administration.
Toute cette partie me paraît personnellement tout à fait convaincante quant aux effets pervers aussi bien de la conception de ces groupes de compétences, que de la manière dont ils ont été
imposés par la hiérarchie dans la plus pure tradition bureaucratique de l'Éducation nationale française.
Elle me paraît d'autant plus convaincante qu'elle recoupe sur plusieurs points les critiques a priori que j'ai faites de ce dispositif dans mon article "A propos des 'groupes de compétences'", rédigé en janvier 2010. La lettre de ce collègue est donc à verser dans un dossier que l'on pourrait intituler "Chronique d'une catastrophe annoncée"…
Je souhaite réagir ici uniquement sur les quelques lignes de cette lettre concernant la perspective actionnelle. Je me permets de les retranscrire textuellement ci-dessous :
L'approche actionnelle, qui vise à faire travailler les élèves dans l'optique unique et sous le seul prétexte de la réalisation d'une tâche finale, [aux dépens] de tout ce qui n'est
pas immédiatement utile et nécessaire à celle-ci, va dans le même sens. En dépit de ses vertus lorsqu'elle est ponctuelle, sa préconisation absolue et systématique pose la question de
l'apprentissage comme étant sa propre finalité. Faut-il étudier ou apprendre quelque chose si cela ne trouve pas son utilité ou son application immédiate ? Les tenants de la perspective
actionnelle semblent répondre par la négative.
Les idées exprimées dans ce passage reposent à mon avis sur trois confusions. En effet :
1) Il n'y a pas de lien structurel entre l'approche ou la perspective actionnelle (PA) et les groupes de compétences. La PA est ainsi mise en œuvre depuis plus de 5 ans en FLE sans que l'on ait
jamais pensé, à ma connaissance, à y ajouter ce genre d'usine à gaz.
2) Il n'y a pas de lien structurel entre la perspective actionnelle et une tâche finale dont la réalisation serait "l'optique unique" et "le seul prétexte" du travail de l'élève. La PA propose un
agir (qui peut être plus ou moins complexe, et on peut parfaitement imaginer plusieurs tâches qui soient des variantes de la même action) en tant que nouveau principe de cohérence de l'unité
didactique, après d'autres principes qui se sont succédé dans le passé : un point de grammaire, un centre d'intérêt lexical,
un document ou un thème culturel, une situation de communication. Mais cette unité didactique ainsi construite à partir
d'une nouvelle cohérence (une tâche) continue à regrouper des domaines d'activité variés qui restent les mêmes que précédemment : découverte de la culture, réflexion sur la
langue, travail sur les différentes composantes de l'activité langagière (CE/CO/EE/EO). Cf. sur ce point mes articles 2004c ou 2005a.
3) Je dois avouer que je ne suis pas sûr d'avoir compris le passage "sa préconisation absolue et systématique pose la question de l'apprentissage comme étant sa propre finalité".
- Si cela veut dire que l'apprentissage scolaire n'a pas à se justifier par une quelconque utilité immédiate, c'est là un bien curieux argument, et très dévalorisant pour les enseignants, qui
n'auraient à justifier leur enseignement aux yeux de leurs élèves que par le seul fait qu'il leur est imposé comme une des disciplines scolaires. Les enseignants de langues (et leurs
associations, comme l'APLV) ont toujours affirmé, au contraire, que l'apprentissage d'une langue étrangère servait à découvrir une autre culture, à mieux comprendre ainsi la sienne et à s'ouvrir
à toutes, à mieux comprendre le fonctionnement de leur propre langue en découvrant une autre, etc. Or ce sont là des utilités aussi concrètes qu'"immédiates". Ce qui manque aux élèves, ce qui
peut leur permettre de se mobiliser, c'est de trouver un sens à leur apprentissage, en d'autres termes qu'ils en voient l'"utilité", et ce n'est sûrement pas avec le vieil argument d'une
éducation humaniste qui serait noble parce que "gratuite" qu'on parviendra à les motiver !
- Mais le collègue reprend peut-être l'ancienne critique d'une conception dite "utilitariste" de l'enseignement-apprentissage scolaire des langues, cette critique qui, appliquée à l'approche
communicative, développait l'idée que les enseignants de langues ont autre chose ou mieux à faire qu'à enseigner à leurs élèves à demander leur chemin sur un trottoir, un café dans un bar ou la
note dans un hôtel.
Je dois dire que j'ai du mal à comprendre le report de cette critique sur la PA. La "tâche finale" peut consister tout aussi bien à réaliser une production littéraire, un article comparant des traditions culturelles, etc. Et il me semblerait quand même osé d'accuser d'"utilitariste" la pédagogie du projet, qui est la forme la plus adéquate de la mise en œuvre de la PA dans le système scolaire !
Si la PA est mise en œuvre de manière "absolue et systématique", elle ne peut qu'avoir des effets pervers : j'ai souvent dit et écrit que la seule méthode mauvaise est la méthode unique. Mais ce
n'est pas la PA en soi qu'il faut condamner, c'est sa mise en œuvre, en l'occurrence l'autoritarisme de son imposition, le dogmatisme de sa conception, ... et les effets pervers de ces "groupes
de compétences" qu'on lui ajoute.
À se tromper ainsi de cible, cette lettre risque de renforcer chez certains lecteurs du Nouvel Observateur l'image d'enseignants refusant toute innovation. Cette lettre se trompe
aussi de destinataire : elle devrait être adressée, sous forme de lettre ouverte, à l'inspection des langues et au ministre de l'Éducation nationale. Cette lettre se trompe enfin
d'expéditeur : elle devrait être collectivement signée de tous ces enseignants qui y sont dits unanimes dans leurs constatations et leurs dénonciations. Si du moins l'auteur veut, pour que
sa lettre puisse avoir une certaine utilité immédiate, l'intégrer dans une perspective actionnelle...
Il n'est pas encore trop tard pour le faire.
Christian Puren
24 mai 2011
mer.
04
mai
2011
Les « représentations », un concept de plus en plus fumigène
N.B. Cliquez sur "plus d'infos", si la mention apparaît en bas du texte, pour en afficher la totalité.
Je viens de recevoir dans ma boîte à lettres électronique l’annonce de parution suivante :
LÜDI Georges (éd.), Le plurilinguisme au travail entre la philosophie de l’entreprise, les représentations des acteurs et les pratiques quotidiennes, Bâle : ARBA n° 22, 179 p., ISBN 3-907772-21-0.
Il est indiqué dans le message qu’il s'agit d'un volume de contributions présentant les premiers résultats du projet européen DYLAN financé par l’Union européenne.
La lecture de ce projet sur ce site a immédiatement provoqué mes deux réactions suivantes :
1) Il est paradoxal que le site officiel de ce projet tienne lui-même aussi peu compte des exigences du multilinguisme par ailleurs clairement affirmées par les auteurs dans cet ouvrage, et par ses financeurs européens. Sauf erreur de ma part, en effet, seuls les tout premiers paragraphes de l’introduction du projet sont disponibles en français (je n’ai pas contrôlé pour la 3e langue affichée, l’allemand), encore cela ne vaut-il pas pour le schéma qui accompagne cette introduction (cf. reproduction ci-dessous). Un certain nombre de pages apparaissent avec le choix indiqué « EN FR DE » sans que la fonction soit active, et pour d’autres pages enfin on ne s’est même pas embarrassé de ces complications plurilingues...
2) On trouve dans le titre du projet, comme dans le « cadre analytique » (voir ci-dessous la présentation et le schéma), le concept central de « représentations », comme dans l’approche interculturelle que nous connaissons bien en didactique des langues-cultures :
Cadre analytique
Le projet se fonde sur quatre dimensions clés : les pratiques langagières, les représentations du multilinguisme et de la diversité linguistique, les politiques linguistiques mises en œuvre par les états ou le secteur public et les stratégies des entreprises du secteur privé, ainsi que les contextes linguistiques dans lesquels les différents acteurs interviennent ; quatre dimensions qui seront à saisir essentiellement dans leurs interrelations. Le développement et la mise en pratique des répertoires multilingues seront étudiés aussi bien au travers de ces dimensions que de leurs interrelations.
La pertinence de ce concept de « représentation » comme lieu central des interrelations entre les éléments du cadre analytique aurait dû être questionnée au niveau de la conception elle-même du projet : les auteurs en restent en effet à ce que l’on peut appeler le « paradigme interculturel ». Je considère ce paradigme insuffisant en didactique des langues-cultures (voir par ex. les textes aux liens 2010c, 2010i et 2010j sur mon site personnel), et il l’est peut-être aussi (du moins vaut-il la peine de se poser la question) dans le domaine des politiques linguistiques.
Il y a en effet dans le choix fréquent de l’anglais comme langue unique dans les entreprises internationales non seulement des « représentations », mais une part d’analyse consciente et responsable aboutissant à une décision rationnelle. On peut certes critiquer cette décision, mais il faut le faire responsabilité contre responsabilité, rationalité contre rationalité, c’est-à-dire arguments contre arguments dans un débat avec des gens qu’il faut supposer a priori responsables et rationnels dans leur recherche de l’efficacité, et non victimes inconscientes et insouciantes de « fausses représentations ».
Il n'est pas possible de continuer à parler ainsi de « représentations » et n’utiliser que ce concept, sauf à y mettre tout et n’importe quoi, y compris ce que les philosophes analytiques appellent « les dimensions cognitive et volitive » de l’action : désirs, croyances, choix, intérêts, motifs, décisions… ainsi que les « conceptions » elles-mêmes de l’action avec leurs finalités, objectifs, principes, normes, modes opératoires, critères d’évaluation.[1]…
Toutes ces composantes de la décision ne peuvent « tenir » dans ce concept unique de « représentations », qui est devenu aussi fumeux et fumigène dans le discours de beaucoup d’ « experts » de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe que ne l’est celui, auquel il est historiquement attaché, d’ « interculturel ». Surtout, on se condamne à l’impuissance et aux dénonciations rituelles au seul nom de « valeurs » aussi généreuses qu’abstraites (pour respectables qu’elles soient : respect de l’altérité, protection de la diversité culturelle, etc.), à ne vouloir traiter que les images mentales terminales, et non les processus concrets et situés qui les ont générées, parmi lesquels il y a forcément de la conscience et de la rationalité.
J’ai l’impression que le concept de « représentations », et plus largement le paradigme interculturel, tendent actuellement à fonctionner, chez certains intellectuels humanistes (parmi lesquels on peut compter les « experts » européens en didactique des langues-cultures), de la même manière que fonctionnait celui d’ « idéologie » pour les marxistes : on est passé de la critique d’une conscience que l’on postulait fausse (parce que les acteurs étaient censés être déterminés sans le savoir par leurs intérêts de classe dominante) à des représentations que l’on postule erronées ou simplistes (les stéréotypes). Ce n’est certainement pas ainsi que l’on combat efficacement des adversaires intellectuels, comme l’a bien montré, à la fin du siècle passé, la déroute de la philosophie marxiste dans la guerre des idées.
Christian PUREN
4 mai 2011
[1] Cf. par ex. NEUBERG, Marc (dir.), Théorie de l'action. Textes majeurs de la philosophique analytique de l'action, Liège, Pierre Mardaga éd., 1991, 318 p. Cf. aussi, sur ce site, le Document 045 en "Bibliothèque de travail".
ven.
22
avril
2011
Vient de paraître (avril 2011) : "Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées"
Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures, Philippe Blanchet & Patrick Chardenet (coord.). Paris : Editions des archives contemporaines, avril 2011. ISBN 9782813000484, Prix public : 50,00 €.
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Présentation
(à retrouver sur le site de l'éditeur)
Ce guide de recherche s’adresse avant tout aux étudiants apprentis-chercheurs. Il leur présente l’ensemble des repères fondamentaux pour élaborer, réaliser, diffuser des connaissances par un processus de recherche scientifique en didactique des langues et des cultures : repères épistémologiques et théoriques (qu’est-ce un projet de connaissance scientifique à propos de l’enseignement-apprentissage des langues et des cultures ? Comment élaborer un projet de recherche ?), repères méthodologiques (qu’est-ce qu’une méthode de recherche scientifique ? Comment élaborer une méthode pertinente ? Comment susciter, traiter, analyser, interpréter l’information ?), repères disciplinaires (quels sont les principaux axes de recherches en didactique des langues et des cultures aujourd’hui ? quels grands types de recherches sont menés ?), repères expérienciels (comment d’autres ont-ils mené des recherches dans ce domaine et à ses frontières interdisciplinaires ?). Dès lors, cet ouvrage apportera probablement aussi aux chercheurs confirmés, spécialisés dans d’autres domaines, une information sur ce champ de la recherche et sur l’état des connaissances en didactique des langues et des cultures.
_______________________________
J'ai collaboré à cet ouvrage collectif avec un article intitulé "La 'méthode', outil de base de l'analyse didactique", où je reprends pour l'essentiel (en plus synthétique) la présentation et
l'utilisation de ce concept (avec la signification unique que je lui attribue : "unité minimale de cohérence méthodologique") telles qu'on peut les trouver dans le Dossier n° 2 de mon cours en ligne "La didactique des langues-cultures comme domaine de recherche".
Lire les 4 premières pages de mon article sur le site http://books.google.com (chap. 9, pp. 283 sqq.)
mar.
19
avril
2011
Annonce d'une conférence sur le manuel dans la perspective actionnelle (Grenoble, 16 juin 2011)
Le 16 juin 2011, je donnerai à Grenoble une conférence à l'occasion de la IXe Rencontre internationale du Groupe d'Étude et de Recherche en Espagnol de Spécialité (GERES), dont les journées des 16-17 juin seront consacrées au thème "Innovations didactiques dans l'enseignement-apprentissage de l'espagnol de spécialité grâce aux ressources technologiques".
Titre et résumé de ma conférence
Une technologie ancienne peut-elle être rénovée ? Le cas du manuel de langue face aux nouveaux enjeux de la perspective actionnelle
La question sera abordée d'un point de vue didactique, à partir d'une prémisse - une innovation technologique ne se généralise et ne s'installe dans la durée que si elle rencontre un besoin
d'innovation didactique - et en fonction d'une analyse "fonctionnelle" des outils didactiques - celle des fonctions d'enseignement et des fonctions d'apprentissage qu'ils assurent ou sont
susceptibles d'assurer réellement, au-delà de leurs éventuelles "potentialités" technologiques.
Le manuel est assurément un cas intéressant à analyser :
a) Il assure de très nombreuses fonctions didactiques de base (découper le flux d'enseignement-apprentissage en séquences cohérentes et répétitives, les "unités didactiques", au sein desquelles
les différentes activités langagières sont mises en synergie ; fournir une gradation collective des contenus langagiers ; articuler travail sur la langue et travail sur la culture, etc.).
b) En tant qu'outil de pré-programmation de l'enseignement, il se retrouve particulièrement fragilisé par l'une des exigences fondamentales de la perspective actionnelle, qui est de laisser une
marge d'autonomie maximale aux apprenants dans la conception initiale de l'action.
c) Il est susceptible de subir, avec la numérisation, une rénovation technologique complète où peuvent être organisées de nouvelles rencontres entre fonctions technologiques et fonctions
didactiques.
dim.
17
avril
2011
Annonce d'une conférence sur les cultures d'action dans la perspective actionnelle (20 octobre 2011)
Titre et résumé envoyés aux organisateurs du XVIII Congrès Brésilien des professeurs de Français (Curitiba, Brésil, 18-21 octobre 2011) :
__________
La place des trois cultures d'action dans la perspective actionnelle
La perspective actionnelle amène logiquement à tenir compte, dans les manuels et en classe de langue, des trois cultures spécifiques qui y sont en jeu : la culture d'action propre à la société à
laquelle / des sociétés auxquelles appartiennent les apprenants, la culture d'action propre à la société française /aux sociétés francophones, et enfin la nécessaire culture d'action commune
d'enseignement-apprentissage en classe : cette dernière, que j'appelle la "co-culture", est constituée de l'ensemble des conceptions partagées pour et par l'action collective
d'enseignement-apprentissage. Je présenterai les différents éléments de cette problématique - très différente comme on le voit de celle des "stratégies individuelles d'apprentissage" de
l'approche communicative - en l'illustrant d'exemples concrets empruntés à des manuels de français et d'espagnol langues étrangères publiés récemment ou en préparation.
_____________
lun.
17
janv.
2011
Compilation des guides d'utilisation du CECRL
Pour le Dossier n° 5 du cours en ligne "La didactique des langues-cultures comme domaine de recherche", j'ai été amené à écrire à la Division des politiques linguistiques du Conseil de l'Europe, pour leur demander, sur leur site, l'adresse du Guide a l'usage des auteurs de materiel pedagogique et de manuels, dont j'avais sur mon disque dur une version ancienne.
J'ai obtenu l'adresse de téléchargement de la version en vigueur, qui se trouve intégrée dans le même document que tous les autres guides eux aussi précédemment publiés séparément, le Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer. Guide pour les utilisateurs.
Cliquer sur le lien du titre, ou utiliser l'adresse ci-dessous:
http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/Source/SourcePublications/GuideCECR-utilisateurs-Avril02_fr.doc
Table des matières
(Les chiffres à la fin des lignes de titre correspondent aux numéros de page.)
SECTION I: Pour tous les utilisateurs 1
CHAPITRE 1 - Guide pour tous les utilisateurs 3
par John Trim
Première partie - Le Cadre européen commun de référence dans son contexte politique et éducatif 3
Deuxième partie - Approche retenue 15
Troisième partie - Niveaux communs de référence 18
Quatrième partie - L'utilisation de la langue et l'apprenant/utilisateur 21
Cinquième partie - Les compétences de l'utilisateur/apprenant 29
Sixième partie - Les opérations d'apprentissage et d'enseignement des langues 40
Septième partie - Les tâches et leur rôle dans l'enseignement des langues 47
Huitième partie - Diversification linguistique et curriculum. 47
Neuvième partie- Évaluation 49
SECTION II: Guide pour tous ceux directement engagés dans le processus d'enseignement/apprentissage 53
CHAPITRE 2 - Guide a l'usage des apprenants adultes 55
par Sophie Bailly, Marie-José Gremmo et Philip Riley
Première partie - Analyse des besoins (voir CEC 4/6.1.1) 55
Deuxième partie - Les aptitudes de compréhension et d'expression (voir CEC 2.1.3/4.4.1 4.4.2) 57
Troisième partie - Comment s'organiser? 60
Quatrième partie - Méthodologie 67
Cinquième partie - Evaluation (voir CEC 3, tableaux 2/4, échelles/5, échelles/9) 77
Sixième partie - Les styles d'apprentissage (voir CEC 6.1/7.3.1) 79
CHAPITRE 3 - Guide a l'usage des enseignants et des apprenants 83
par Sean Devitt
Première partie - Aspects de la communication (CEC 4.1 à 4.4) 84
Deuxième partie - Aptitudes et compétences (CEC 4.5 et 4.7 en partie) 91
Troisième partie - Aptitude à utiliser la langue (CEC 5.2.1) 96
Quatrième partie - Les tâches et les textes (CEC 7, 4 - 4.6) 100
Cinquième partie - Apprentissage et enseignement des langues (CEC 6) 104
CHAPITRE 4 - Guide a l'usage des enseignants et des formateurs d'enseignants (enseignements primaire et secondaire) 117
par Barry Jones
Première partie - Le CEC dans son contexte politique et éducatif 119
Deuxième partie - Approche retenue dans le CEC 120
Troisième partie - Niveaux communs de référence 126
Quatrième partie - L'utilisation de la langue et l'apprenant utilisateur 127
Cinquième partie - Les compétences de l'utilisateur/apprenant 138
Sixième partie - Les opérations d'apprentissage et d'enseignement des langues 142
Septième partie - Les tâches et leur rôle dans l'enseignement des langues 153
Huitième partie - Diversification linguistique et curriculum 156
Neuvième partie - Evaluation 157
SECTION III: A l'usage de ceux qui conçoivent, organisent, transmettent un enseignement des langues vivantes et en évaluent la qualité 173
CHAPITRE 5 - Conception et révision de programmes scolaires 179
par Gé Stoks
CHAPITRE 6 - Organisation et diffusion du curriculum 195
par Mike Makosch
CHAPITRE 7 - Assurance qualite et maitrise de la qualite dans l'enseignement et l'apprentissage des langues 209
par Frank Heyworth
SECTION IV: Pour tous ceux qui s'occupent de produire et de selectionner du matériel pédagogique 231
CHAPITRE 8 - Guide a l'usage des auteurs de materiel pedagogique et de manuels 233
par Andy Hopkins
jeu.
13
janv.
2011
La poursuite de l'élaboration de la perspective actionnelle: l'exemple du manuel Version Originale 3
J'avais déjà participé en tant que relecteur au 1er niveau (A1) et au 2e niveau (A2) du manuel d'Editions Maison des Langues Version originale, et j'en avais d'ailleurs rédigé l'avant-propos. Le 3e niveau (Version Originale 3, donc) vient de paraître, dont on trouvera sur le site de l'éditeur le tableau des contenus, une Unité type, et mon avant-propos, que j'ai mis en Bibliothèque de travail. Les différents points que j'y aborde sont les mêmes que dans les deux autres avant-propos, et ils correspondent aux évolutions qui marquent dans le manuel le passage de l'approche communicative à la perspective actionnelle:
1. De l'unité de communication à l'unité d'action
2. De la centration sur l'apprenant à la centration sur le groupe
3. De la simulation à la convention
4. De la compétence communicative à la compétence informationnelle
5. De l'interculturel au co-culturel
J'y signale en outre deux évolutions, dans ce niveau 3, qui me paraissent correspondre un progrès dans la mise en oeuvre de la perspective actionnelle:
a) "L’une des nouveautés de Version Originale 3 est de proposer, à chaque unité, deux variantes d’action finale sous forme de deux tâches cohérentes entre elles et avec l’ensemble de l’unité : ils’agit en effet du même type d’activité dans le même domaine, qui va donc permettre le réemploi des mêmes contenus langagierset culturels. L’une de ces tâches est plus « sérieuse », orientée vers des enjeux de société (que ce soit de la société-classe et/ou de la société extérieure) ; l’autre fait appel à l’expression artistique, au ludique, à la créativité voire à la fantaisie."
Il est probable que pour le niveau 4, d'autres variantes de la même action seront proposées. Le CECRL lui-même suggère plusieurs typologies différentes: tâches plus ou moins "authentiques" ou "pédagogiques" (chap. 7.1, pp. 121-122), utilisation ludique, esthétique ou poétique de la langue (chap. 4.3.4 et 4.3.5, p. 47), et, bien entendu, tâches dans les différents "domaines" (personnel, public, éducationnel et professionnel: chap. 2.1.4 p. 18).
De nombreux manuels antérieurs proposaient déjà plusieurs tâches ou projets à la fin de chaque unité didactique, mais elle pouvaient rarement être considérées comme véritablement des variantes de la même action.
b) "(...) une autre des nouveautés de Version Originale 3 (...) est d’introduire, dans chaque unité didactique, la culture avant l’action. Dans l’unité 4, par exemple, pour préparer les élèves, dans les pages « Approches culturelles », à débattre entre eux sur le thème de la décroissance, on leur présente la culture française du débat politique ; ensuite on leur demande de réfléchir sur la conception du débat en classe et son intérêt, dans leur culture scolaire d’abord, puis dans la culture scolaire française à partir d’un document-conseil destiné aux enseignants."
Cette évolution me paraît essentielle, dans la mesure où elle marque le début de prise en compte de ce que j'appelle, dans mes travaux, "la composante co-culturelle de la compétence culturelle", et que je définis comme l'ensemble des conceptions partagées par et pour l'action commune.
- On va retrouver, dans ces pages "Approches culturelles" de Version Originale 3 la dimension méta-culturelle : informations sur la conception du débat politique "à la française", conseils pédagogiques donnés aux enseignants français organisant un débat en classe, comparaisons en classe entre ces cultures en France et dans les différents pays des apprenants.
- Ces comparaisons correspondent à une prise en compte et à une exploitation en classe de la dimension pluriculturelle (présence de cultures différentes chez les apprenants).
- Ces comparaisons en classe feront apparaître sans doute les représentations plus ou moins exactes des apprenants sur la culture du débat "à la française" : dimension interculturelle.
- L'objectif final est de se mettre d'accord sur les règles du ou des débats que l'on va organiser ensuite collectivement en classe, comme il est demandé dans les deux tâches finales, c'est-à-dire sur des éléments de co-culture d'action commune dans l'espace de la classe et le temps de l'apprentissage collectif: dimension co-culturelle.
- Enfin, l'ensemble de la démarche proposée suppose que les auteurs du manuel considèrent partagée par tous l'idée que le débat entre tous est profitable à chacun et à la collectivité : il y a là l'affirmation d'une valeur qu'ils considèrent et demandent de considérer comme trans-culturelle (partagée par tous quelle que soit leur culture d'origine).
Voir l'Avant-propos de Version Originale 3.
Voir la présentation schématique des différentes composantes de la compétence culturelle.
mar.
23
nov.
2010
Un dossier INRP sur la perspective actionnelle
Rémi THIBERT vient de mettre sur le site de Veille scientifique et technologique de l'INRP (http://www.inrp.fr/vst un intéressant dossier sur la perspective actionnelle, faisant apparaître en particulier les interprétations différentes auxquelles donne lieu cette nouvelle (enfin, je pense, pour ma part...) orientation didactique.
THIBERT Rémi (2010). « Pour des langues plus vivantes à l'école ». Dossier d'actualité de la VST, n° 58, novembre. En ligne : http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/58-novembre-2010.php.
mar.
03
août
2010
"L'opérateur 'inter'... et les autres" (conférence)
Je vais assurer, pour "Les journées CLE Formation" à l'Alliance française de Rio de Janeiro
(24-25 septembre 2010), la conférence plénière inaugurale intitulée "L'opérateur 'inter'... et les autres".
Résumé de cette conférence
Le thème retenu pour les journées CLE formation des 24-25 septembre 2010 à l'Alliance française de Rio est celui des "interactions". Ce concept est resté central en didactique des
langues-cultures (DLC) pendant les trois dernières décennies: on en connaît l'importance dans l'approche communicative, qui se donne comme objectif langagier la formation des apprenants à
l'interaction langagière. Simultanément s'était imposé aussi comme objectif culturel celui de la dite "approche interculturelle", et comme conception des mécanismes cognitifs d'apprentissage,
l'hypothèse constructiviste de l'"interlangue".
La présence pendant une même période d'un même opérateur logique de référence dans ces trois domaines fondamentaux - l'opérateur inter- - ne peut être un effet du hasard. On s'interrogera sur
la cause et le sens de cette coïncidence historique. Je fais pour ma part l'hypothèse qu'ils se situent au moins en partie au niveau idéologique, à savoir dans l'individualisme contemporain : ces
trois concepts d'interaction, d'interculturel et d'interlangue ont en effet en commun d'amener à penser la problématique de leur domaine sur la base du contact de la chaque apprenant avec son
environnement personnel.
Il n'est plus possible de se limiter à ce seul opérateur inter- dans la réflexion et la recherche en DLC, pour deux fortes raisons:
1) Les évolutions récentes dans la discipline ont en mis en avant deux autres opérateurs désormais indispensables: pluri- et co-. C'est, dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les
Langues (CECRL), les concepts de "compétence plurilingue" et "compétence pluriculturelle"; et, exigée par la perspective actionnelle proposée dans ce même texte, les concepts de "co-action" et de
"compétence co-culturelle".
Dans tous ces nouveaux concepts, on voit que l'on passe de la dimension individuelle à la dimension collective, passage déjà initié auparavant en DLC par le concept de "co-construction du
sens" dans le domaine langagier, et, dans le domaine cognitif, par le concept de "socio-constructivisme", qui est "co-constructivisme social".
Enfin, la perspective actionnelle implique la mise en oeuvre de la pédagogie du projet, laquelle implique la mise en oeuvre d'une nouvelle forme d'action, la "pro-action", et, parce que
l'apprentissage est en lui-même un projet, les auteurs du CECRL considèrent logiquement que les apprenants autonomes "sont ceux qui apprennent avec anticipation (de manière proactive) en prenant
des initiatives pour planifier, structurer et exécuter leurs propres opérations d’apprentissage" (p. 110).
2) La prise de consciente de la complexité des publics, objectifs et environnements d'enseignement-apprentissage des langues-cultures amène à estimer que les deux opérateurs historiques
antérieurs - trans et méta - ont tout aussi leur pertinence, comme le montre le fait que l'on ait jamais vraiment abandonné en DLC, dans le domaine langagier, les activités métalinguistiques
(réflexion sur la langue, ou "conceptualisation" grammaticale et lexicale), et le fait que l'on assiste depuis une dizaine d'années, dans les manuels de FLE et les propositions de dossiers
didactiques sur Internet, à une forte montée en puissance de thématiques transculturelles liées à la mondialisation (l'écologie, le commerce équitable, le développement durable, etc.).
Il y a bien eu en DLC un opérateur "inter" dominant, et toujours très actif. Mais il y a aussi tous les autres opérateurs, qu'il faut désormais prendre simultanément en compte.
Comme pour mes autres conférences, j'essaierai d'en assurer la publication sur mon site.
sam.
03
juil.
2010
Publication en ligne de deux thèses de doctorat sur la perspective actionnelle (FLE et ELE)
Je vous signale que le site de l'APLV propose en lecture et téléchargement libre (avec des conditions d'utilisation précisées dans la présentation) deux thèses de doctorat en Sciences du langage (option "Didactique des langues-cultures et Sciences du langage) sur la perspective actionnelle préparées sous ma direction.
L'une porte sur le français langue étrangère (FLE), l'autre sur l'espagnol langue étrangère (ELE).
- Émilie PERRICHON, Agir d’usage et agir d’apprentissage en didactique des langues-cultures étrangères : enjeux conceptuels, évolution historique et construction d’une nouvelle perspective actionnelle. Soutenue le 24 octobre 2008 à l’Université de Saint-Etienne (mention Très honorable avec félicitations).
- Pascal LENOIR, De l’ellipse méthodologique à la perspective actionnelle : la didactique scolaire de l’espagnol entre tradition et innovation (1970-2007). Soutenue le 14 novembre 2009 à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne (mention Très honorable avec félicitations).
Bien que chacune porte sur une langue spécifique (le FLE et l'ELE), elles intéresseront certainement tous les didacticiens et enseignants de langue, dans la mesure où elles abordent bien évidemment des problématiques générales concernant la perspective actionnelle, la pédagogie du projet, et plus généralement la conception de la discipline "Didactique des langues-cultures".
Il s'agissait de mes deux derniers doctorants (en tant que professeur émérite, j'ai pu les mener jusqu'à la soutenance, mais je n'ai plus le droit d'en prendre de nouveaux). Je suis heureux que tous deux aient déjà obtenu un poste de Maître de Conférences (respectivement à l'Université du Littoral et à l'Université d'Angers)... et que la toute dernière thèse sous ma direction ait porté sur ma spécialité initiale, l'espagnol langue étrangère.
mar.
11
mai
2010
Quel(s) modèles cognitifs pour la perspective de l'agir social ?
Je viens de republier dans Travaux : liste et liens, l'article suivant:
2005d. "Quelle dynamique engager pour une plus grande efficacité ?", Le Français dans le monde n° 338, mars-avril 2005, pp. 23-27. Republié sous son titre originel ("Le procès des contre-performances de l'enseignement scolaire des langues : auprès de quelle "instance" faire appel ?") avec une préface de mai 2010, que je reproduis ci-dessous.
Préface de mai 2010
Le titre de cet article tel qu'il a été publié dans la revue Le Français dans le monde ("Quelle dynamique engager pour une plus grande efficacité ?", je l'ai découvert à l'époque en
recevant mon numéro d'auteur. Je le republie ici sur mon site sous son titre originel.
Contrairement à ce que celui-ci peut laisser supposer, je me réfère dans cet article aux instances non pas judiciaires, mais... cognitives. J'y défends l'idée que toutes les capacités cognitives
auxquelles on a eu recours dans l'histoire de la didactique des langues-cultures peuvent se révéler efficaces à un moment ou à un autre, pour un apprenant ou pour un autre, ainsi que toutes leurs
articulations et combinaisons possibles : la Raison, l'Imitation, la Mémorisation, l'Émotion, la Réaction, l'Action et l'Imprégnation (que je présente dans cet ordre parce qu'elles forment un
acrostiche sympathique: " RIMERAI "...).
Si je devais réécrire maintenant cet article, je ferais sûrement la différence, à l'intérieur de l'instance "action":
- entre sa forme de mise en œuvre dans les méthodologies directe et active, et qui était en fait une "activation" (pour l'essentiel, l'activité de l'élève y était une réponse à l'activité de
l'enseignant, en particulier sous la forme de questions de l'enseignant / réponses des élèves) ;
- et sa forme de mise en œuvre dans la perspective actionnelle / la pédagogie du projet, qui est une "pro-action".
C'est sans doute une combinaison entre le socioconstructivisme et cette psychologie de la pro-action (dans laquelle la théorie des "neurones miroirs" prendra sa place au plus bas niveau, celui du
fonctionnement neuronal), qui pourra permettre dans les années qui viennent, un étayage de la nouvelle perspective actionnelle (la perspective de l'agir social) en termes de théorie
cognitive.
Sur la question plus générale de la théorisation de la nouvelle perspective actionnelle, je ren-voie au dernier chapitre "14. Quelles théories de l'agir social en didactique des langues-cultures
?" de mon article suivant, consultable lui aussi sur mon site : 2009b. "Variations sur le thème de l'agir social en didactique des
langues-cultures étrangères ".
lun.
03
mai
2010
Chat sur la perspective actionnelle organisé par le site francparler.org
Bonjour,
Je signale que le texte du chat organisé par le site www.francparler.org le 14 avril dernier, où pendant 1h30 j'ai répondu aux questions qui m'étaient relayées par les responsables de ce site, est disponible à l'adresse directe suivante:
www.christianpuren.com
