mer.

05

juin

2013

L’évolution des constructions méthodologiques sur le modèle d'évolution des perspectives internes de la DLC : méthodologie -> didactique -> didactologie

Un collègue formateur m'a récemment écrit pour me demander si le concept de « noyau dur méthodologique » était ou non pertinent pour la décrire la perspective actionnelle (et si oui, quel était-il...). J’ai constamment utilisé en effet ce concept pour décrire les méthodologies traditionnelle, directe, active, audio-orale et audiovisuelle. Voir dans l’index notionnel d’Histoire des méthodologies les numéros des pages où apparaît ce concept (www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/1988a/, p. 443) ; ou la présentation des différents schémas correspondant dans l’Essai sur l’éclectisme (www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/1994e/, pp. 151-155) ; ou encore, dans mon cours « La didactique des langues comme domaine de recherche », dans le dossier n° 4 consacré à « La perspective méthodologique » (www.christianpuren.com/cours-la-dlc-comme-domaine-de-recherche/dossier-n-2-la-perspective-méthodologique/), le chapitre 2 consacré à ces noyaux durs (pp. 5-11), où je propose en outre une schématisation de l’approche cognitive (chap. 2.4., pp. 9-11).

 

On lira ci-dessous, réécrit pour l’occasion, le contenu de la réponse que j’ai faite à ce collègue, et qui m'a amené à expliciter – ce que je n'avais pas fait dans mes publications jusqu'à présent, je pense – la relation entre l'évolution des méthodologies et celle de la discipline.

 

Le concept de « noyau dur méthodologique » ne peut pas être pertinent pour décrire la perspective actionnelle, ni telle qu’elle est actuellement, en cours d’élaboration, ni sans doute dans les années qui viennent, parce que la cohérence du processus d'enseignement-apprentissage n’y est plus conçue dans une perspective méthodologique, mais dans une perspective didactologique, celle de la finalité de formation des apprenants comme des acteurs sociaux.

 

Sur la définition des trois perspectives pour moi constitutives de la discipline « Didactique des langues-cultures » telle qu’elle fonctionne actuellement – les perspectives méthodologique, didactique et didactologique –, je renvoie à mon cours « La didactique des langues-cultures comme domaine de recherche », dossier n° 1: Les trois perspectives constitutives de la didactique des langues-cultures, www.christianpuren.com/cours-la-dlc-comme-domaine-de-recherche/dossier-n-1-les-3-perspectives-constitutives-de-la-dlc/. Les lecteurs pressés ou qui veulent simplement réactiver leurs souvenirs pourront se contenter du schéma reproduit sur mon site dans la rubrique « Bibliothèque de travail », www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/002/.

 

La perspective actionnelle ne peut donc être construite ni décrite comme une méthodologie constituée. Elle n'a d’ailleurs pas été annoncée comme telle dans le CECRL, que ce soit dans sa présentation succincte (p. 15 de l’édition française Didier de 2001)» ou dans le reste de ce document, les auteurs ayant choisi de ne prendre aucune position méthodologique. Sage décision, parce que les années suivantes leur auraient donné tort, pendant lesquelles la perspective actionnelle s’est construite en opposition avec l’approche communicative dont on voit bien, à l’analyse de leurs descripteurs de compétence, qu’elle était encore leur seule référence méthodologique…

 

Cette absence de principes méthodologiques dans les fondements de la perspective actionnelle explique sa très grande ouverture a priori dans ce domaine : tout procédé, démarche ou approche ont vocation à y être mis en œuvre du moment qu’ils sont mis au service de cette finalité. Au niveau micro-méthodologique – le niveau des « méthodes » dans le sens que je donne à ce concept, celui d’unités minimales de cohérence méthodologique (voir le même dossier 4 de mon cours cité plus haut, ou les documents 04 à 08 en Bibliothèque de travail, http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/) –, la méthode massivement privilégiée sera forcément la méthode active, mais c’était déjà le cas, du moins en principe, dans l’approche communicative, dans la « méthodologie active » (méthodologie officielle dans l’enseignement scolaire français des langues des années 1920 aux années 1960), et auparavant dans la méthodologie directe, où la méthode active faisait déjà partie du noyau dur avec les méthodes directe et orale (cf., dans Histoire des méthodologies, le schéma de la p. 121 et la présentation des formes de mise en œuvre de cette méthode au chap. 2.2.3, pp 131-136).

 

La cohérence de l'approche communicative, quant à elle, s’était construite dans une perspective didactique, à savoir à partir des objectifs (cf. l’importance de l'analyse de besoins langagiers dans les Niveaux-seuils) et d’un série de modèles : le modèle pédagogique de la « centration sur l’apprenant », le modèle linguistique de la grammaire notionnelle-fonctionnelle, et un modèle très abstrait mais prégnant, celui de l'opérateur « inter », que l'on retrouve dans les concepts-clés « interaction », « interculturel » et « interlangue"[1]. Or avec les objectifs et les modèles, on est dans l'élaboration première de l'approche communicative au moyen d'éléments qui font pour moi partie du champ de la perspective didactique : cf. mon schéma www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/044/).

 

On retrouve la perspective principalement mobilisée dans les appellations elles-mêmes :

 

– « méthodologie directe » : directe fait référence à un choix méthodologique, celui d’éviter au maximum le recours à l’intermédiaire de la L1 en classe ;

– « méthodologie active » : active fait référence à toutes les formes de mise en œuvre de la méthode active (cf. http://www.christianpuren.com/bibliothèque-de-travail/006/);

– « approche communicative » : communicative fait référence à l’objectif de compétence de communication ;

– « perspective actionnelle » : actionnelle fait référence à la finalité de formation d’un acteur social.

 

On peut résumer cette évolution parallèle dans le tableau suivant.

 

Périodes

Perspective disciplinaire

dominante

Construction

méthodologique

années 1900-1970 

perspective méthodologique

méthodologies directe, active, audio-orale et audiovisuelle

années 1970-1990 

perspective didactique

approche communicative

années 2000- ?

perspective didactologique

perspective actionnelle

 

_______________

 

Télécharger la version pdf de ce message.



[1] Je traite la question de l’ « inter » et des autres opérateurs logiques que l’on rencontre dans l’histoire de la didactique et des méthodologies dans une conférence en ligne : www.christianpuren.com/mes-travaux-liste-et-liens/2010i/.

 

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