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05

déc.

2011

Un courrier dénonçant la situation des enseignants français de FLE à l'étranger

Un enseignant  de FLE à l'étranger a posté le 26 novembre dernier sur ce site, dans le forum destiné au Français Langue d'Intégration le message suivant, où il m'interpellait, comme on le verra, de manière vigoureuse. Avec son accord, j'ai déplacé son message (anonymisé) ici sur mon Blog, où il est plus à sa place et où il trouvera sans doute plus de lecteurs.


Pour avoir travaillé longtemps à l'étranger, et pour m'y rendre encore très souvent, je sais que la situation qu'il décrit n'a rien d'exceptionnel, que, comme il l'écrit, "bon nombre d'enseignants diplômés et expérimentés FLE dans le réseau culturel du MAE" pourraient malheureusement contresigner ce texte. Même si j'ai rencontré aussi des profs de FLE heureux, je pense comme lui que la situation qu'il décrit est assez fréquente pour que les étudiants de FLE en France qui veulent se lancer dans une carrière à l'étranger en soient informés, de manière à s'y lancer en toute connaissance de cause.


Je remercie William CHARTON, qui s'occupe de la dimension FLE ainsi que plus largement des non titulaires au sein de l'intersyndicale de l'enseignement supérieur, de m'avoir fourni les adresses suivantes de sections syndicales, qui peuvent se révéler utiles aussi bien pour ces étudiants que pour les enseignants déjà à l'étranger:


- Pour le MAE :  - SUPMAE-FSU http://mae.fsu.fr/ - CGT MAE http://www.cgt-mae.org/
- Pour les expatriés : http://etranger.sgen-cfdt.org
- Pour la formation professionnelle :  - sudfle@gmail.com http://sudfpa.lautre.net - SNPF CGT Formation : http://www.formation-privee-cgt.org/
- Pour les enseignants FLE de l'enseignement supérieur français et des écoles françaises à l'étranger : SNESUP FSU ANT, 78, rue du Faubourg Saint-Denis 75010 PARIS courriel : non-fonctionnaires@snesup.fr,  tél : 01 44 79 96 13


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S'offusquer pour le référentiel FLI, c'est bien. Prendre parti pour défendre le FLE, c'est encore mieux.


Savez-vous, Monsieur Puren, vous qui avez laissé votre nom dans la discipline dans quel état de déliquescence se trouve cette chère profession d'enseignant de français langue étrangère ?


Savez-vous, Monsieur Puren, dans quelles conditions calamiteuses sont embauchéstous les professionnels du FLE à l'étranger et en France pour faire enfin reconnaître leur profession malgré toute l'indifférence et le mépris qu'on leur "jette" à la figure ?


Probablement pas, sinon, vous auriez écrit un article sur votre blog ou vous seriez intervenu dans les médias lors de la semaine de la francophonie, par exemple ...
Alors, une petite piqûre de rappel des conditions de travail de bon nombre d'enseignants diplômés et expérimentés FLE dans le réseau culturel du MAE (Instituts et Alliances) :


* Statut de vacataire pour 90 % des enseignants recrutés localement avec des contrats signés chaque année sans aucune garantie du maintien de leur volume horaire de cours : DÉVALORISATION


* Titularisation ou mensualisation extrêmement rare dans la majorité des établissements (en moyenne, création d'un poste à temps plein tous les 5 ans) : MÉPRIS


* Politique de recrutement et gestion du personnel obscure où les enseignants diplômés de FLE et expérimentés sont mis en concurrence avec les femmes de "..." (directeurs de grandes entreprises françaises), les étudiants des grandes écoles en échange universitaire désireux d'améliorer leurs fins de mois ou des enseignants de l'EN (professeurs de mathématiques, d'histoire, de philosophie, ...) venus goûter l'appel du large ... : COPINAGE


* Rémunération "fluctuante" des vacataires calculée au prorata des étudiants présents dans la classe (5-6 étudiants = 8 euros de l'heure / 7-9 étudiants = 10 euros de l'heure / 10-14 étudiants= 14 euros de l'heure) , ce qui crée un climat malsain de concurrence entre les enseignants. : EXPLOITATION


* Aucune valorisation salariale en fonction des diplômes (Bac + 4 minimum), de l'ancienneté et des résultats des enseignants : PRÉCARITÉ


* Disparité des salaires des directeurs nommés par le Ministère des Affaires Étrangères et qui ont EUX le statut d’expatrié avec tous les avantages que cela représente à savoir des droits en France, des salaires pouvant atteindre les 5000 euros/mois + avantages en nature : INDÉCENCE


* Aucune prestation sociale, aucune assurance chômage, aucune prise en charge du coût des transports, aucune cotisation retraite versées aux vacataires, les laissant à moyen et long terme dans une situation administrative inextricable : MALVERSATION


* Aucune revendication syndicale possible face à la gestion des ressources humaines humiliante et méprisante soutenue par le service culturel de l'ambassade et son attaché culturel qui nie la souffrance et la désespérance des enseignants et qui vend à ces derniers la vacation comme seul horizon professionnel : IMPUNITÉ


La liste est longue et pourrait continuer ainsi pendant longtemps. La francophonie "en perte de vitesse" partout dans le monde peut-elle se passer de personnels qualifiés et compétents ? Peut-elle continuer à vivre sur le mépris de ses principaux acteurs de diffusion ? Peut-elle continuer à scier la branche sur laquelle elle est assise ?


Nous sommes beaucoup à "jeter l'éponge" par faute de reconnaissance, de valorisation salariale et de réelles perspectives d'évolution auquel vient s'ajouter un mépris "quasi total" de notre diplôme et de nos expériences en cas de retour en France.


Alors, si vous pouviez relayer cet état de fait lors d'une de vos chroniques, nous serions plus d'un dans le monde à vous remercier pour ce geste.
Puis-je compter sur vous ?


Un enseignant "vacataire" de FLE dans le réseau culturel du MAE en Asie

 

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Commentaires : 14
  • #1

    Santini (mercredi, 07 décembre 2011 11:01)

    Bravo ! tout est dit avec la colère qui est aussi la mienne et d'autres collègues qui sont dans le même cas.
    A quand une vraie interpellation du monde médiatique et des universitaires sur la question ?

  • #2

    Nicolas (jeudi, 02 février 2012 12:26)

    Si il veut un boulot pépère et la sécurité de l'emploi, il a qu'à passer son Capes en France et acheter une baraque et un clébard. Si je fais ce travail, c'est aussi parce que je sais pas forcément de quoi de demain sera fait. Et je crois qu'il est possible de s'en sortir financièrement (voire de mettre de l'argent de côté....). C'est un domaine où, contrairement à la fonction publique, la progression ne se fait pas administrativement, mais plus par rapport à la motivation et à des idées originales.

  • #3

    Christian Puren (jeudi, 02 février 2012 12:52)

    Merci de ce message, parce que son contenu correspond tout à fait à ce que me disent aussi certains professeurs de FLE à l'étranger, qui ne recherchent pas particulièrement la sécurité de l'emploi, parce qu'ils trouvent excessif son coût en termes de mobilité, d'opportunités et de motivation professionnelles réduites.

    Il y a certainement des avantages et des inconvénients dans la situation des professeurs de FLE à l'étranger, les uns et les autres très variables suivant les contextes et les types de motivation de ces enseignants. Ce qui ne me paraît pas variable, c'est la nécessité d'en informer les étudiants de FLE le mieux possible avant même qu'ils ne se lancent dans leurs études.

  • #4

    Jean-Jacques (lundi, 06 février 2012 01:01)

    Réponse à Nicolas : On verra à 40 ans si vous aurez la même insouciance dans vos propos avec les problèmes de santé arrivant, les crédits à rembourser, etc ... Et puis, vous parlez de quel CAPES ? le CAPES de FLE n'a jamais existé et n'existera jamais.... Le MEN se moque du FLE.
    Réponse à Christian : Ben oui, il vaut mieux positiver et rester dans le monde des "bisounours". Maintenant, mettez-vous à votre âge dans la peau d'un enseignant qui a subi les contrats vacataires à répétition et imaginez ce que ça donne au quotidien ...

  • #5

    Nicolas (vendredi, 21 septembre 2012 09:15)

    Bonjour,
    J'ai 38 ans, et pense passer un DAEFLE pour enseigner le Français dans le réseau des AF.
    Je suis titulaire d'une maitrise d'économie, d'un master en gestion d'entreprises audiovisuelles, et mon parcours professionnel est plutôt atypique (Édition, Banque, société de production, encadrement et petits boulots...)
    Enfin, le chômage à répétition, et surtout une envie de voyager, un goût très prononcé pour la littérature, la culture et la pédagogie, me poussent à me tourner vers la solution DAEFLE.
    Le courrier de Jean-Jacques et la réponse de Santini, me font douter...
    Qu'en pensez vous ?

  • #6

    Christian PUREN (vendredi, 21 septembre 2012 10:41)

    Bonjour Nicolas,
    Oui, vous avez raison de douter, à la lecture de ces échanges...
    Je ne peux malheureusement que vous renvoyer au message (en forme de "réponse de normand", comme on dit...) que j'ai posté pour ma part dans ce fil de discussion à la date du 2 février dernier.
    Malgré tout, il me semble que vos motivations, et la situation de toute manière difficile que vous vivez en France (vous parlez de "chômage à répétition") font à mon avis pencher la balance, dans votre cas, du côté d'une formation DAEFLE et de votre projet d'enseignement à l'étranger.
    Mais étant donné votre formation et votre parcours professionnel, un master orienté "FOS" (français sur objectifs spécifiques, par exemple français pour étudiants en économie, en management, etc.) me semble particulièrement indiqué pour une formation en FLE. Ce master, ainsi que votre formation anettérieure et vos expériences professionnelles, vous ouvriraient certainement des portes dans des universités étrangères, où ce type d'enseignement est fréquent. Ne visez pas seulement les AF à l'étranger.
    Cordialement, ... et bonne chance!

  • #7

    Frédéric (jeudi, 17 septembre 2015 22:51)

    Ajoutons pour couronner le tout que lorsqu'un expatrié achève ses 4 ans, on demande aux profs de participer au "cadeau" de départ ! Être exploité, méprisé, et dire merci en versant son écot.... Sans oublier au moment des élections, chaque candidat promettant de s'intéresser à la situation. 25 ans qu'on entend le même discours sans que rien ne change !

  • #8

    ANNE MARIE (mardi, 12 janvier 2016 10:02)

    Bonjour,

    Les cotisations retraites n'ont jamais été versées pendant des années d'enseignement FLE dans un Institut Français. Peut-on faire valoir ses droits à la retraite et comment s'y prendre?
    J'imagine que de nombreuses autres personnes sont dans mon cas? Pour ma part: 15 ans au black pour le MAE....Ca fait beaucoup! Bien à vous.

  • #9

    Christian Puren (mardi, 12 janvier 2016 10:38)

    Bonjour,

    Votre question dépasse mes compétences, mais pour le genre de problème que vous signalez, il existe, dans les syndicats français d'éducation, des sections "étranger". Mon conseil serait de les consulter. Par exemple, voyez les sites http://etranger.sgen-cfdt.org/ et http://www.hdf.snes.edu/.

    Bonne chance, cordialement,

    Christian Puren

  • #10

    valérie (dimanche, 31 janvier 2016 20:33)

    Bravo à ce coup de gueule, dont la liste des injustices subies au quotidien par les profs de fle est loin d'être exhaustive, malheureusement. Je ne comprends même pas pourquoi la filière fle existe encore dans les universités, quand on connait le statut de ces professionnels et le mépris dont ils sont constamment l'objet, à coups de faux contrats, de salaires qui n'ont rien à envier à ceux des femmes de ménage, et de managers bien souvent parfaitement incompétents et catapultés à leur poste grâce à Monsieur Piston. Quel gâchis, quand on connait l'investissement professionnel et personnel dont les profs font preuve. Honte aux instituts français et alliances françaises qui entretiennent cet état de fait.

  • #11

    Cécile (samedi, 12 mars 2016 00:10)

    Joli message. C'est avec un goût amer que je repense à la responsable de ma formation fle qui nous assurait que dans le fle nous aurions un bel avenir, des salaires décents et j'en passe...

  • #12

    Solal (lundi, 28 mars 2016 14:45)

    Je me permets de réagir sur les AF (et non pas les IF qui ont un autre statut) à cette lettre qui, même si elle dénonce des politiques managériales parfois désastreuses, témoigne d'une méconnaissance des statuts, des lois et des moyens qui existent réellement dans ces centres. Les AF, même si elles sont intégrées au réseau culturel du MAE, sont des associations de droit local. Autrement dit, elles n'ont aucun lien avec le système de travail et la législation française. Donc si vous postulez dans une AF vous n'êtes plus dans le système français, ce sont désormais les lois locales avec les salaires, les assurances qui vont avec, qui s'appliquent. Vous paierai même des impôts au pays de l'AF en question et non plus en France. Mettre toutes ces associations du réseau MAE dans le même panier est une erreur car chaque AF est une entité autonome. Donc chaque AF applique la politique RH qui lui convient et est d'ailleurs plus ou moins avancée à ce niveau-là en fonction de nombreux paramètres. Donc si vous vous embarquez en tant qu'enseignant dans une AF, renseignez-vous bien sur les conditions avant. Et si vous n'êtes finalement pas satisfait de ces conditions une fois sur place, la seule solution est d'en parler directement à la direction ou au RH de l'AF en question ou de rejoindre un syndicat local. Car l'Etat français, lui, n'y peut rien (et encore moins l'attaché culturel. D'ailleurs son intervention dans une AF serait malvenue et inappropriée). Ce n'est pas de son ressort car ces centres "autonomes" ne sont, par définition, pas publics ni français. Une autre erreur serait de croire que ces associations sont systématiquement subventionnées par l'Etat français. Ce n'est pas le cas et, même si elles le sont, ces crédits ne peuvent être alloués au fonctionnement de la structure mais uniquement au développement de projets et à l'achat de matériel. Aussi, certaines AF sont vraiment en survie car elles n'ont pas assez d'étudiants pour s'autofinancer et croulent sous les problèmes divers. Enfin, dernière erreur, proclamer que tous les directeurs sont des expatriés. Complètement faux, la plupart sont recrutés en contrat local donc là encore avec des salaires locaux (j'ai déjà vu un poste de direction en local payé 400€/mois), il existe aussi des volontaires (du MAE ou autre) qui sont, eux, indemnisés et non pas salariés et n'ont le droit à aucune allocation chômage en rentrant en France. Bref, si vous voulez les avantages (qui existent encore) de la France, il faut que vous soyez recruté directement par un organisme français (public ou privé) en France qui pourrait éventuellement vous envoyer à l'étranger en tant qu'expatrié. A ce moment-là, vous auriez une assurance et un salaire français versé sur un compte domicilié en France. Mais attention, si vous partez sous statut de volontaire français vous serez uniquement indemnisé, vous aurez une assurance française mais vous ne cotiserez pas pour le chômage. Le retour peut alors être parfois un peu rude... Au final, si vous tentez le contrat local vos conditions de travail vont à la fois dépendre de l'AF (politique RH, vacation ou pas etc.) et du pays dans lequel vous partez. Gardez donc en tête qu'une AF, sauf si elle est implantée en France, n'est pas un organisme français. Voilà :)

  • #13

    Christian Puren (mardi, 29 mars 2016 10:25)

    Merci à Solal pour cette mission au point indispensable. Comme tous ceux qui connaissent un peu la question des emplois de profs de FLE à l'étranger, je ne peux que confirmer les précisions qu'elle donne dans son message.

  • #14

    surfy (mercredi, 05 octobre 2016 11:52)

    La situation en France n'est pas mieux. (Excepté peut-être dans les GRETA ) les enseignants formateurs sont payés à peine le smic (fixe brut - prime de précarité - congés payés : il ne reste plus grand chose). Nous sommes payés à la tâche (pas de CDD ou de CDI) et si vous êtes en CCI vos bulletins de paye ne correspondent pas à vos contrats ni aux attestations Assedics, résultat : Pôle emploi et la CAF (RSA) ne complètent pas les mois de faim parce que les papiers sont trop obscures.
    La solution des CCI et des organismes privés est de vous embaucher en freelance ou en auto-entreprenariat (pas de charges, pas de personnel pas de base d'heures de 20h, pas de souci pour les encaisseurs). Les formateurs vivent souvent sous les minima sociaux. Et il faut donner des cours aux réfugiés dont les questionnaires au moment de la demande d'asile sont orientés pour que leur accueil soit validé ???!!! Alors que deviennent les budgets de formation s'il ne paient pas les enseignants, et le budget culture est-il absorbé par le foot ?
    Je renvoie la balle à nos dirigeants, du responsable de formation aux politiciens, pourquoi n'utilise-t-on pas directement l'anglais ou l'arabe partout en France? Au ministère de l'éducation ils l'envisagent avec moins d'heures de français au collège depuis la rentrée et le recrutement d'enseignants étrangers !!!
    Je ne sais pas pourquoi j'ai un BAC plus + 5,FLE/FOAD, ma caissière de grande surface est mieux payée, elle bénéficie d'un CE et est plus heureuse.