Résumé
Version de juin 2024, révisée à l'occasion de la publication de la traduction anglaise (1995a-en), et augmentée d'une préface de juin 2024 (cf. ci-après). L'objectif de cet article était d'analyser les problèmes pratiques posés par la mise en œuvre en didactique scolaire du concept de 'centration sur l’apprenant proclamé comme une exigence absolue par les théoriciens de la méthodologie communicative alors dominante. Après en avoir montré les insuffisances, je proposais de lui substituer la notion de "centrations multiples" - sur l'apprenant, mais aussi sur l'adolescent et sur l'élève, sur la communication, les contenus, la langue, l'enseignant, le matériel, la méthodologie, le groupe ou encore l'institution. La gestion simultanée par sélections, combinaisons et modulations différentes de ces multiples centrations, toutes indispensables à un moment ou à un autre, ne peut être conçue que dans le cadre d'une didactique complexe.
English translation available at 1995-en
Postface de juin 2024
Cette courte postface est rédigée près de trente ans après la publication de cet article, à l’occasion de sa mise en ligne en version originale française et en traduction anglaise sur sur ResarchGate.net et mon site (1995a-en) Les différentes critiques faites à la notion de « centration sur l’apprenant » et à la mise en œuvre de l’analyse des besoins en approche communicative me semblent bien sûr toujours valables, de même que les outils utilisés pour ces critiques, à savoir l’idéologie, l’épistémologie et la déontologie, qui constituent les trois positions de la perspective didactologique en didactique complexe des langues-cultures (les deux autres étant les perspectives méthodologique et didactique). Je considère également que ces outils restent valables pour l’analyse de la situation actuelle dans notre discipline, et qu’ils doivent s’appliquer également à la nouvelle perspective actionnelle, dans l’élaboration de laquelle on doit éviter les mêmes dérives auxquelles a donné lieu l’élaboration de l’approche communicative. Certains didacticiens, en particulier, proposent de construire les scénarios actionnels à partir des descripteurs de compétence du CECR, ce qui est une manière de maintenir l’analyse des besoins telle qu’elle était conçue en approche communicative. Cela revient à maintenir par conséquent une forme de centration aussi critiquable que celle sur l’enseignant, à savoir la centration sur l’évaluation de type hétéroévaluation sommative. Aussi bien cette analyse préalable des besoins langagiers sans la participation des apprenants, que la prise en compte de ce type d’évaluation dès la conception des scénarios de projet, sont totalement incompatibles avec le modèle pédagogique naturel de la perspective actionnelle, tout particulièrement en didactique scolaire, à savoir la pédagogie de projet et ses finalités éducatives.
